(Critique) Roadside Fugitive de Yu Irie

Les rappeurs de Saitama en quête de reconnaissance…

L’errance d’un rappeur quittant sa ville natale et ses potes pour Tokyo, avec l’espoir de percer dans le milieu.

HIP HOP NIPPON

Jeune réalisateur indépendant, Yu Irie sort de l’anonymat en 2009 avec 8000 Miles, sorte de réponse Japonaise fauchée au film avec Eminem. L’idée du projet, c’est de suivre un groupe de rappeurs amateurs vivant dans une petite ville éloignée de la capitale nippone. De décrire leurs galères quotidiennes sur un mode semi-comique.

Petit succès indé, 8000 Miles devient une série de films. En 2010, le second opus conserve le concept, en l’adoptant à une groupe de filles. Enfin, en 2012, le troisième volet, Roadside Fugitive revient aux sources de la série. C’est la suite directe du premier film. D’ailleurs, une introduction permet de présenter rapidement les personnages afin de rendre ce volet accessible à tous.

Les Suprême Shogun s'allient à Sho-Gung

WANNABE

Tourné sans moyens, Roadside Fugitive présente la descente aux enfers d’un wannabe rappeur nommé Mighty. Partant du milieu du rap underground à Tokyo avant de se perdre dans les combines mafieuses de banlieusards cyniques. Marqué par le sceau de la désillusion, le film laisse quelques rares instants comiques émerger au milieu d’un drame assez lourd.

Ce drame tourne autour de la découverte pour Mighty d’une scène artistique composée de groupes arrogants & égocentriques. Où la passion disparait au profit de l’argent, de la célébrité. Tout ça, sans respect pour les autres. Un constant qui va pousser le jeune rêveur à commettre erreurs sur erreurs jusqu’à se laisser manger par cette réalité et sombrer dans une posture qu’il détestait. Pour devenir un wannabe gangster (dont le look rappelle les yakuza old school).

Mighty explose la scène

LENTEUR & DÉCADENCE

Plutôt que de se consacrer pleinement au cheminement de ce personnage, Yu Irie casse son récit et développe en parallèle l’histoire des anciens potes de Mighty qui continuent de rapper. Une manière évidente d’établir le contraste entre des amateurs passionnés et un cynique lâche. Un parti-pris intéressant, mais qui donne un gros coup de mou à un film s’égarant dans des trames moyennement passionnantes — les amateurs qui sont de corvée de cuisine…

À côté de ce choix d’écriture décevant, Roadside Fugitive accuse de gros problèmes de rythme avec des plan-séquences interminables – résultat des contraintes budgétaires/plannings ? – qui sont filmés le plus souvent très platement sans renforcer une quelconque implication. Par exemple, dans cette optique, la seconde heure est un calvaire – le concert, la fuite… c’est filmé de nuit, et la plupart du temps il n’y a rien à l’écran.

À RETENIR

Roadside Fugitive est un film indé complètement bancal, qui brille par ses séquences musicales sympathiques (en plus d’être rarement visibles à l’écran) – les battles, l’audition – et son intention de rappeler l’importance d’une passion. Pour le reste, c’est du drame/comédie lourdingue exécuté avec fadeur.

  • La note : 4/10
  • Sortie Française : Inconnue



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