Le cinéma japonais est-il mort.

C’est en constatant la maigre visibilité des films japonais dans les festivals internationaux que Première/Fluctuat s’est demandé, Qu’est-il arrivé au cinéma japonais ? La réponse insiste sur un problème culturel, politique & social.

Quid de la réalité économique de cette industrie ? De ces talents ignorés ? Et de détails ? Alors en réaction, il fallait bien partir sur un titre hommage à ces sites d’infos décryptant une évidence sans la remettre en cause le reste de l’année.

LES PRINCIPES D’UNE INDUSTRIE


Dans les grandes lignes ; depuis la chute des grands studios dans les années 70, un nouveau système de production apparait, c’est les comités réunissant des partenaires médiatiques. Avec comme idée, minimiser les risques/pertes financières au maximum, tout en favorisant le consensus général. Pour des films lisses, produits/réalisés essentiellement par des gens issus de la TV – les studios historiques investissent, mais sont surtout des distributeurs possédant un important réseau de salles (ces multiplex à la programmation mainstream).

Refusant la prise de risque, ce système de partenariat facilite énormément les adaptations de mangas/séries populaires. Pourquoi écrire un scénario original, quand un manga possédant une fanbase peut faire l’affaire ?

L’ALTERNATIVE

Ce système impose des contraintes artistiques, limitant la liberté créatrices des réalisateurs. À part certains grands noms comme Takashi Miike, intégrés dans cette machine après quelques succès au box-office, de nombreux cinéastes peinent à monter de nouveaux projets.

Ils se retrouvent alors obligés de lutter pour trouver des financements. Il existe bien des programmes d’aide proposés par quelques festivals, mais ça reste un chemin de croix. Tandis que certains font des appels aux dons – le collectif autour de Saudade -, d’autres réussissent à trouver un projet original financé par une chaîne cablée – Kiyoshi Kurosawa, avec la série Shokuzai -, ou encore par des producteurs étrangers – The Land of Hope de Sion Sono est une co-prod UK-All-JAP. La voie de l’indépendance est difficile…

L'importance d'une diffusion festivalière & d'une récompense ? Saudade a trouvé un distributeur français !

AU-DELÀ DES FRONTIÈRES


Décadence, immobilisme, mauvaise éducation… L’article se concentre sur les quelques réalisateurs déjà reconnus à l’international, ignorant l’activité locale.

L’animation par exemple, malgré les critiques régulières, la crise de l’industrie en 2007, c’est l’un des domaines culturels les plus visibles en Occident – entre piratage, simulcast légal & distribution officielle. Et pourtant, l’animation se retrouve réduites aux longs métrages. Qu’en est-il des séries ? Inexistantes ?

Quand la critique occidentale découvre Masaaki Yuasa, réalisateur de Mind Game, c’est pour oublier ses prochains travaux – Kemonozume, Kaiba, Tatami Galaxy. Des séries ambitieuses, à la fois thématiquement & visuellement, qui se distinguent des produits fanservice mal torchés.

Au cours des années 2000, d’autres noms gagnent en visibilité. C’est un Kenji Kamiyama, conteur attentif, capable de s’embarquer dans un périple philosophique (Ghost in the Shell: SAC) ou une fresque féodale dépaysante (Seirei no Moribito). C’est un Hiroyuki Imaishi, naviguant dans le bruit et la fureur (Gurren Lagann). C’est Mitsuo Iso, et sa guerre des boutons cadrillée par une réalité-augmentée (Denno Coil). C’est Takahiro Omori, entre une douceur fantastique (Natsume) et du récit deconstruit fou furieux (Baccano!en streaming)…

AU-DELÀ DES FRONTIÈRES (BIS)

De même du côté de la production live. Avec des indépendants acclamés dans des petits cercles d’initiés mais ignorés ailleurs. Rarement distribués en Occident. Le jeune réalisateur Yuya Ishii enchaîne les comédies caustiques depuis 2007, se voit même récompensé pour Sawako Decides.

À côté, il y a Yu Irie, qui développe une sorte de mockumentary autour du hip-hop nippon avec ses films 8000 Miles (cf. vidéo ci-dessous)… Mais absents des “grands” circuits festivaliers, ces talents sont à peine visibles en Occident grâce notamment au Nippon Connection. C’est un festival de cinéma japonais à Frankfurt, qui permet de découvrir des inédits tout en rassemblant passionnés & professionnels.

En parallèle, il y a ces réalisateurs déjà confirmés, toujours très actifs mais pas forcément très visibles. Le vétéran Koji Wakamatsu aligne 3 nouveaux projets en 2012 – dont un drame autour de Mishima, le seul qui sera vu hors Japon ? -, Nobuhiko Obayashi, connu pour son film d’horreur psychédélique House revient aussi avec une romance étrange – Kono Sora no Hana -, Sogo Ishii devenu Gakuryu Ishii présente un film absurde d’ados. Et puis, Toshiaki Toyoda travaille actuellement sur 2 films, dont l’énigmatique I’m Flash!

IMMOBILISME QU’ON VOUS DIT !


Derrière les difficultés de financement, de visibilité, d’aseptisation… Il reste encore des réalisateurs talentueux, indépendants ou non, pour témoigner de l’activité du cinéma japonais. Pendant ce temps, satisfaite par sa dose d’exotisme régulière, un pan de la critique française acclame le “nouveau chef d’oeuvre” de Kore-eda (vendu en tant que tel), en attendant sagement qu’un festival comme Cannes, Venise ou autre… découvre de nouveaux talents. Pour aller plus loin.



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