(Critique) La vie sans principe de Johnnie To

Le destin croisé d’une employée de banque (Denise Ho), d’un gangster (Lau Ching-wan) et d’un jeune couple (Myolie Wu & Richie Jen) un jour de crise économique.

À L’ANCIENNE

En parallèle à ses récentes offensives pour percer sur le marché Chinois, avec des comédies romantiques calibrées plus ou moins réussies, Johnnie To s’est occupé d’un projet plus personnel. Retrouvant ses habitudes de tournage par intermittence, le réalisateur a eu l’occasion de faire évoluer un projet lancé fin 2008, et complété mi-2010.

Envisagé au début comme un thriller sous influence Bouddhiste, La vie sans principe deviendra finalement un drame ancré dans la situation sociale du moment. To réagit par rapport à l’actualité. Le pitch original deviendra Punished, qu’il produit avec sa société Milkyway.

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DÉGÂTS COLLATÉRAUX

Au coeur de cette actualité, il y a les problèmes financiers générés par une crise économique globale. Où la possibilité de la faillite d’un pays européen fait chuter les marchés financiers mondiaux, avec des effets se répercutant à l’autre bout de la planète.

Hong Kong devient le reflet de cette situation, Johnnie To parsemant son récit d’exemples furtifs de personnes complètement lessivées par cette crise qui impose comme valeur reine l’argent. Qu’il s’agisse d’un vieillard à bout où d’une jeune femme obsédée par son confort de vie…

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PORTRAIT D’UNE SOCIÉTÉ

Plutôt bien pensée, l’histoire de La vie sans principe s’attache plus précisément à 3 cas principaux, comme pour mieux scanner l’état d’une société à différents niveaux, selon différents comportements. Nous montrant l’intérieur d’une banque, les bas-fonds puis, l’entre-deux du citoyen moyen. À chaque fois, l’idée de survie est au croisement de ces histoires ;

L’employée de banque doit faire du chiffre pour garder sa place, c’est-à-dire inciter ses clients à investir dans des domaines recommandés par la banque. Ce qui donnera lieu à une scène à la fois dramatique et absurde, avec un enregistrement audio effectué lors de la signature d’un contrat, qui sera recommencé à chaque fois que la cliente pose une question, et donc s’éloigne de la réponse « J’ai bien tout compris ». Mascarade dans une situation où personne n’y comprend grand chose.

Du côté du gangster, l’argent rythme un quotidien loin d’être excitant, au point de lassé quelques wannabe voyous en cours de route. Alors que chaque relation est ici envisagée sous l’angle de l’argent, ce gangster un peu naïf privilégie le côté humain, faisant office de coursier pour aider les siens. Puis enfin, ce couple partagé entre la femme rêvant d’acheter un appartement trop cher et le mari flic indécis car rattrapé par la réalité de son travail. Pour une relation étrange où les désirs effacent la possibilité de se considérer, de se parler – chaque discussion étant reportée à plus tard.

La pression des chiffres

L’ORDRE ET LA MORALE

À la réalisation, Johnnie To parvient à afficher subtilement toutes ces idées. La composition des plans est très compartimentée avec des décors très géométriques, laissant peu d’espace, qui font directement référence à la crise du logement à Hong Kong où le moindre espace doit être rentabilité. C’est des cadres dans le cadre qui étouffent des personnages supposés traverser une crise morale faisant suite à la crise économique. C’est visuellement soigné, avec une manière très fluide de présenter, d’induire ces idées.

Pour autant, le film se contente surtout d’effleurer ces idées sans chercher à les développer. Avec une narration ayant tendance à s’appesantir sur le quotidien plat des personnages, comme les rendez-vous interminables à la banque ou le mode coursier pour pote en galère… Si l’enjeu argent vs morale apparait bien à l’écran, dans les relations & actions parfois simples – le sucre dans le café – il peine à trouver une force émotionnelle. À traduire avec implication les tourments des persos. D’où un climax terriblement inconséquent.

Crise du logement, crise économique = même combat, même case !

SUBTILITÉ À LA JOHHNIE TO

La vie sans principe est un drame très sérieux qui interroge la place de l’humanité dans une société dominée par une absence de principe. Très soigné, le film reste démonstratif et froid, avec un récit au rythme inégal qui peine à entrecroiser et exploiter efficacement les 3 histoires principales. Malgré des idées touchant des sujets intéressants et rarement traités à Hong Kong : c’est beau, c’est long, c’est chiant.



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