(Critique) Let’s Go! de Wong Ching-po

Le réalisateur de Revenge: A Love Story chez les super-héros (Japonais).

Un jeune débrouillard (Juno Mak) est embauché comme garde du corps d’un important mafieux (Wang Yu). Il se retrouve rapidement entrainé dans un torrent de violence contre un homme cynique en quête de pouvoir (Gordon Lam), l’amenant à prendre en main sa destinée.

SOUS INFLUENCE

Alors que les productions occidentales se nourrissent de la mythologie du comics US pour mettre en scène les super-héros d’aujourd’hui, Let’s Go! prend une direction légèrement différente. Projet indépendant made in Hong Kong, le film se construit sur fond d’hommage à l’animation japonaise des années 80, notamment la série Space Emperor God Sigma où un robot géant se doit de défendre la cause du Bien contre des envahisseurs forcément démoniaques. Le genre de série qui aura influencée des générations d’enfants, grandissant avec ces envies d’aventures… À l’image du personnage principal ici, un fan aux rêves à moitié brisés.

Un hommage qui pose la structure classique de la quête héroïque, où l’enjeu principal sera de retrouver la foi dans les valeurs incarnées par ce héros anime… Il ne suffira plus de passer quelques soirées karaoké, de fantasmer un quotidien excitant dans un environnement urbain morne, ou de se morfondre sur un passé triste. Les influences de la culture populaire nippone en action !

« Je suis le méchant, et je suis très méchant »

DU FILM LIVE

Partir d’un univers terre-à-terre pour le faire progressivement évoluer vers de l’anime live permet à l’esthète Hong-kongais Wong Ching-po de nous offrir un véritable exercice formel soigné. C’est des jeux d’ombre, de couleurs, des compositions exploitant l’environnement… qui vont donner un aspect surréaliste au film. Et accompagner la tranformation des personnages : le réalisateur vise l’iconisation à tout bout de champ.

Un travail formel profitant d’un récit essayant de raconter & définir la naissance d’un héros et de sa némésis à travers des intrigues basiques mêlant trahison, vengeance ou trauma d’enfance. Une approche basique qui fait les frais d’un traitement bâclé, avoisinant la caricature à défaut d’insuffler une véritable ampleur héroïque…

« Je suis le gentil, et j'interroge mon subconscient sur des considérations existentialistes (au clair de lune) »

ENTER THE VOID

Ce qui apparaissait clairement avec le précédent film du réal, Revenge, c’était l’orientation poseuse cherchant à donner une profondeur à un récit de vengeance bateau. Sur le papier, Let’s Go! semblait capable de nuancer ces défauts, exploiter le talent visuel de Wong Ching-po pour donner de l’ampleur à cet univers sous influence anime, avec un récit de super-héros suffisamment riche pour intéresser & impliquer le spectateur.

Pourtant, déception. L’histoire montre ses limites au bout de la première demie-heure, commençant à stagner dans des intrigues tournant rapidement à vide, qui sont simplement traitées à l’arrache – que ce soit la romance, ou la trahison aux enjeux bordéliques qui s’invite soudainement dans le récit, manière de relance maladroitement la machine ? D’où un rythme très bancal, avec un enchaînement hasardeux entre la première partie du récit et la seconde.

C’est aussi la tendance d’un réal à s’endormir devant ses belles images plutôt que de développer son récit, de creuser ses personnages. Avec un ton très, trop, sérieux, qui rappelle les influences du film – ces univers très manichéens – sans pour autant réussir à maintenir un semblant de spectacle ou d’implication émotionnelle via des persos trop fades & unidimensionels pour intéresser sur la toute la durée. Jouer le drame très profond en filmant au ralenti sous différents angles un héros boudant dans son coin, parce qu’il est trop triste. Une certaine idée de la passivité ?

CONCLUSION

Let’s Go! est un film chiant ruiné par une posture sérieuse – comme si le drame, quelques ralentis & une image léchée suffisaient à donner un cachet profond à l’ensemble. Oubliez l’idée d’un spectacle fun et dynamique. L’hommage tourne ici à l’exercice de style vain.

  • La note : 3/10



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