Le pouvoir de l’animation

PART 3 – Historique de l’Animation Japonaise, de Mori à Otsuka jusqu’à Kanada

Bon voyons où tout a commencé. Dans les années 1950, le Japon réalise son 1er film d’animation en couleurs, et l’animateur travaillant dessus était Yasuji Mori. Croyez le ou non, l’animation Japonaise ressemblait à du Disney, comme vous pouvez le voir sur cet extrait.


Le Serpent Blanc

Ce n’est pas vraiment un style envisagé comme de “l’anime”. En dehors des animaux parlant et shows musicaux, c’est vraiment, vraiment, vraiment du Disney. Le côté Disney se voit par une animation en véritable 24 images par secondes. Cette animation met l’accent sur le mouvement, et au style de jeu théâtral pour les personnages qui est exagéré afin de renforcer leur aspect réaliste.

Voici sans doute le plan le plus complexe de Yasuji Mori montrant un dragon. C’est beaucoup plus conventionnel que les extraits à venir. C’est Le Serpent Blanc, je crois ? Oui. Ça date de quelle année ? 1959 [En fait 1958] ?


Le Serpent Blanc

Par rapport à cette animation très dans l’esprit Disney, l’un des animateurs avait expliqué que tout le monde à la Toei Animation, le studio ayant produit Le Serpent Blanc, un studio dont l’ambition était d’être le Disney d’êxtreme orient, que tous ces animateurs avait étudié ce livre : Cartoon l’animation sans peine par Preston Blair.

Preston Blair était l’un des Neufs Sages de Disney. Ce sont les hommes clés qui ont basiquement inventé le style de Disney. La différence entre ces Neufs Sages, et ces animateurs de la Toei, c’est que ces animateurs japonais travaillaient autour des années 1960.

Et tout comme aux Etats-Unis, il y avait des mouvements de protestations des étudiants partout, avec l’émergence d’une contre-culture. La plupart des animateurs de la Toei appartenaient d’ailleurs à cette contre-culture. Ce qui explique la volonté de questionner les normes, et les idées.

Voici un extrait signé par l’animateur Yatsuo Otsuka, l’un des animateurs les plus influents de tous les temps, (il a influencé Miyazaki) montrant une expérimentation à l’oeuvre. Il s’agit de Horus, Prince du Soleil, généralement considéré comme le 1er film anime moderne. Un point à remarquer ici, et c’est l’empreinte de Yatsuo Otsuka, c’est comment certaines scènes sont très fluides, quand d’autres sont plus saccadées.


Horus, Le prince du soleil

Vous allez voir dans un instant… Le passage où Hols (aka Horus) monte sur le poisson, et le poisson se débat, va être très fluide. Le passage où le poisson réagit, est plus coupé. C’est un “mouvement modulé”, et c’est la marque de fabrique de l’animation Japonaise, et de Yatsuo Otsuka, son créateur.


Horus, Le prince du soleil

Otsuka est connu pour son style réaliste mettant l’accent sur la puissance du mouvement. Vous pouvez voir ça dans l’extrait suivant. C’est le plan en question. L’animation est ralentie à mesure qu’il se débat, puis dès qu’il touche les rochets, c’est plus rapide. Par ralentissement ou rapidité, nous désignons le nombre de dessins utilisés. Par opposition, la plupart des séries anime TV sont très saccadées.

[L'extrait suivant] C’est dans Astro Boy, où souvent, les émotions complexes sont simplifiées par une courte suite de dessins. Autrement connu comme le “mouvement limité”, et de nombreux raccourcis sont utilisés pour illustrer ces sentiments. La série est réputée pour ça.


Astro Boy

Peu de temps après Horus, l’Industrie du cinéma japonais s’écroule. En cause, la télévision s’impose dans les foyers, poussant toute une génération de jeunes animateurs à des postes dans l’animation qu’ils n’auraient pas eu autrement. Ce qui résulta sur plus d’expérimentations au niveau de la réalisation, des dessins et bien sûr, de l’animation. En tête, des figures comme Hayao Miyazaki, et Yatsuo Otsuka, l’auteur de l’extrait avec le poisson qu’on vient de voir.

Voici un extrait réalisé par Otsuka pendant cette période révélant la dynamique d’expérimentation qui marqua le boom de l’animation au début des années 70. Vous voyez – ça c’est Samurai Giants – que c’est vraiment du Otsuka à son meilleur niveau. Dans certains passages vous voyez comment il se prépare à frapper, ou à envoyer la balle. il y a peu d’images et dans d’autres passages, quand la balle est dans les airs… [Commentant la vidéo] Là il se prépare à frapper… puis la balle part en l’air très très vite. C’est encore un “mouvement modulé” appliqué à un environnement anime encore plus limité.


Samurai Giants

Parce que le budget à la télévision est moins important, ils ont dû économiser du temps et de l’argent en créant moins de dessins. Donc Otsuka a compris comment exploiter le vrai potentiel de l’animation au sein d’un environnement limité en utilisation le mouvement modulé. Grosso-modo, c’est le début de l’animation japonaise moderne et les premiers pas des sakuga dans le domaine avec les plans importants désormais assignés à un spécialiste en particulier.

Le prochain extrait c’est Tiger Mask. Je ne sais pas qui est l’animateur ici [c'est Keiichiro Kimura], mais c’est un autre exemple du degré d’expérimentation et des différentes manières de réfléchir sur le mouvement qui apparaissaient à cette époque là. J’adore regarder cette intro, elle est excellente. C’est très différent du reste de la production de cette époque. Ça semble beaucoup plus actuel. Mais ça date de, 70… ou 73, 74, nan ? [Le plan à 00:50] (Voilà le méchant !). Les animateurs ayant travaillé là-dessus n’étaient pas autorisés à tailler leurs crayons pendant la production.


Tiger Mask

Avançons, ce qui nous amène à un autre jeune animateur qui a débuté à cette époque. C’est Yoshinori Kanada. Kanada est en fait le père de l’animation sakuga moderne avec son penchant pour les effets spéciaux fous, surexagérés, et ses façons créatives de repenser le mouvement.

Voici l’extrait d’une série de robot géant sur laquelle il a travaillé. Maintenant, remarquez le travail sur les ombres, avec des endroits du personnage plus clairs, et d’autres, plus foncés. C’est l’une des manières de deviner la signature de Kanada. Autre point à remarquer, les effets très organiques. Les effets visuels semblent littéralement prendre vie, avec aussi une insistance sur l’animation de ces effets. Les effets vont dans toutes les directions. Voici l’un des plans les plus cool, où les persos se téléportent littéralement dans la machine.


Galaxy Cyclone Braiger

C’est très commun, il a initié beaucoup d’idées comme tous les effets volant partout à travers l’écran que vous retrouverez d’une certaine manière, peut-être pas aussi exagéré, dans de l’animation japonaise de base comme Gundam Wing. Regardez ces effets sortant des méchas. Ça a vraiment été initié par Yoshinori Kanada.


Gundam Wing

Le style de Kanada est connu pour être très stylisé avec une tendance à l’exagération du mouvement. Avec aussi, souvent, ses effets organiques dans lequels il imprime un visuel vouté particulièrement avec des flammes. Le dragon que vous voyez là a été très influent, il marque le début du post-modernisme Japonais, avec le fondateur de ce mouvement (Takashi “Superflat” Murakami) disant que ce dragon était du pur art Japonais. Il y voyait un peu de la fameuse estampe “La Grande Vague” d’Hokusai. C’est le pouvoir de ces animateurs. “Le pouvoir de l’animation !” (rires). Il y a aussi une sorte de bande-son façon Macy’s Christmas


Harumagedon – Genma Taisen

Juste histoire de vous montrer l’importance de Kanada, voici un extrait avec un Koji Morimoto avec influencé par Kanada. Morimoto pousse les principes de base de Kanada dans différentes direction. Ça va être bien plus surréaliste. Vous voyez les flammes voutées, l’ombrage marqué dans les dessins. Et bien sûr, l’intérêt pour les effets spéciaux organiques. (C’est de quelle année ? 1986, 1987 ?). Regardez bien l’ombre des personnages et les effets. Vous arrivez à reconnaitre le style années 80 d’une animation pareille, nan ? Beaucoup de rayons lasers… [Commentant la vidéo] Quelqu’un a soif ? Fumer est mauvais pour vous, la preuve en images. Fumer peut causer le cancer et la robotisation (rires). Les ombres disparaissantes, et les échecs façon Star Trek.


Dirty Pair Project Eden

Bon, la suite, avec un autre animateur qui a été très influencé par Yoshinori Kanada, C’est Hiroyuki Imaishi, Colin va vous en parler.

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