La guerre selon The Front Line

Ancien assistant réalisateur de Kim Ki-duk, le jeune Jang Hoon est rapidement passé du petit film indépendant au gros blockbuster d’été nominé aux Oscars. Rapidement ? 3 films tournés en l’espace de 4 années. Plutôt intrigant…
INTRO
Ce blockbuster, c’est donc The Front Line, film de guerre très conventionnel se déroulant dans les derniers mois de la Guerre de Corée. Sur fond d’horreur & d’incertitudes quotidiennes, le film dresse l’amitié impossible entre des soldats du Sud et du Nord.
Dans la lignée de ses précédents films, le réalisateur reste fidèle à l’idée de révéler l’humanité derrière les étiquettes et apparences. Tout en donnant à ce film un aspect absurde forcément tragique – l’amitié se construisant autour d’une colline jugée stratégique qui change régulièrement de camp.
Avec une mise en scène sobre et posée, Jang Hoon arrive ici à faire passer certaines de ces idées directement par les images en proposant simplement des motifs visuels. En fait, un type suffisamment talentueux, quoique très discret, pour penser à la manière de raconter son histoire.
Deux exemples parlant ;
LA LIGNE FLOUE
Quand le chef de l’unité de l’armée du Sud parle à son plus proche ami, rappelant la réalité de la guerre et de ses propres responsabilités, la scène trouvera plus tard un écho avec un dialogue similaire… entre le chef de l’unité de l’armée du Nord et son plus proche camarade.
Dans les deux cas, il y aura des personnages coincés dans un environnement désolé – une forêt hivernale, une grotte – où le chef au premier plan discute avec un ami relégué au second plan – l’enquêteur du Sud cherchant une vérité, le soldat du Nord obéissant aveuglement à son gradé : le flou est la principale différence ici, plus pour une raison narrative liée aux persos de 2nd plan.
Montrer les points communs entre les soldats plutôt que de se contenter de pointer les différences ou de sombrer dans du pur manichéisme.
Voir au-delà des différences
PIROUETTE
Le personnage principal de l’histoire, c’est un planqué qui est charge de mener une enquête sur le front. Sur place, il retrouve un ancien copain devenu une tête brûlée. Pour l’enquêteur, l’un des enjeux sera de comprendre la réalité de la guerre, de son effet sur les hommes et de la vacuité de sa propre moralité dans ce contexte.
Le personnage étant progressivement amené à vivre l’horreur du front, il passe du rôle d’observateur neutre à celui de soldat engagé au coeur de la guerre. Tout en restant attaché très longtemps à ses valeurs morales. À deux occasions, il s’opposera très clairement aux décisions des autres soldats en sortant son arme.
Pour autant, sans vraiment s’apercevoir du changement qu’il est en train de vivre, ce soldat aura littéralement basculé de point de vue à l’écran. L’observateur fait place au soldat apeuré.
L'enquêteur, de gauche à droite, toujours seul.
SYNTHÈSE
Ces quelques idées affichent subtilement les principaux enjeux du film, où le combat pour établir une frontière – et donc une ligne claire – creuse une différence qui n’existe pas sur le terrain, où l’alternance de la possession de la colline génère surtout la confusion chez des hommes perdant leurs repères (moraux comme géographiques).
À lire, la critique du film.









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