(Critique) The Front Line de Jang Hoon

Les derniers mois de la guerre de Corée par le réalisateur de Secret Reunion.

Alors que la signature de l’armistice entre le Nord et le Sud se traîne, un lieutenant Sud-Coréen est envoyé sur le front, dans une zone disputée par les 2 armées. Pour mener une enquête au sein d’une unité sur la possible présence d’un espion communiste…

FILM-CONSENSUS ?

Ex-assistant de Kim Ki-duk, le réalisateur Jang Hoon a rapidement trouvé sa place dans le circuit commercial local, boosté par le succès Secret Reunion, il enchaîne pour son troisième film avec une histoire de guerre classique – peut-être trop. Qui s’est imposé comme l’une des grandes réussites au box office Sud-Coréen 2011, en plus d’avoir gagner de nombreuses récompenses (critiques), au point d’être le représentant coréen aux Oscar 2012.

Pas étonnant venant d’un réalisateur qui s’attache depuis ses débuts à vouloir rassembler. À travers les récits de personnages que tout semble opposer, mais qui parviennent à s’unir et à se comprendre dans un élan d’humanité. Au-delà des différences, il y a simplement des hommes. Cette fois-ci, Jang Hoon porte l’approche au niveau national, retournant quasiment aux origines de la division contemporaine de la Corée. Avec un film où d’emblée, l’union sera historiquement impossible. Mauvais présage pour la suite ?

L'amitié se construit de la même manière qu'on soit du Sud ou du Nord

IL FAUT SAUVER LA LIGNE ROUGE DE L’HAMBURGER HILL

Dans les grandes lignes, The Front Line confronte un gradé planqué avec la réalité de la guerre, l’amenant à la rencontre de vétérans sans illusion. L’enquête du perso sert de simple prétexte pour s’introduire dans le contexte du front, les réponses étant données après 45 minutes de film. Mais plutôt que de s’en arrêter aux réponses, le récit se réoriente pour creuser cette situation, développer les principales figures de cette unité, et du lien les rapprochant de leurs ennemis communistes. L’enquête devenant alors une véritable introspection où le planqué découvre l’horreur quotidienne du front & voit ses valeurs morales s’effondrer. Ici bas, les hommes ne sont plus que des soldats désirant survivre coûte que coûte.

Très clairement, le film aligne les personnages archétypaux du film de guerre. Le planqué limite idéaliste incarne le référent du spectateur naïf & inexpérimenté, il y a la jeune recrue peureuse mais que tout le monde aime bien, le vétéran grande gueule et ses récits de guerre, le pote du planqué devenu une tête brûlée… Chacun ayant une fonction bien définie, apportant un trauma ou une contradiction bousculant les croyances du planqué. Ce qui rend le film terriblement plat et prévisible, surtout que…

Le planqué change de côté, mais reste attaché à son idéalisme...

MAIS OÙ EST PASSÉ LE RÉALISATEUR ?

… À la réalisation, Jang Hoon est étonnement peu inspiré, à part quelques scènes de dialogues ici et là, la mise en scène est très plan-plan. Avec une caméra toujours au plus près (des visages) des personnages, des scènes d’action avec beaucoup d’explosions mais peu d’intensité dramatique, plus de nombreux appels à pleurnicher où l’action se ralentie et les simili-violons se mettent à retentir pour l’instant laguerrecépabo. Plus généralement, ça manque d’ampleur.

À croire que le réalisateur cherche pratiquement à s’effacer devant son sujet, laissant son récit conventionnel exister de lui-même comme si c’était suffisant. Toutes les contradictions des personnages, ou encore cette petite lueur d’humanité qui fait timidement surface au milieu d’une pulsion morbide… autant d’éléments qui sont simplement explicités, voire surlignés – cf. la gamine, ou les dialogues explicatifs. C’est une mise en scène transparente là où il y avait besoin de véritables parti-pris pour façonner-révéler l’intérêt de ces archétypes. Dans l’état, le film connait plusieurs passages à vide, avec des personnages qui assurent leur fonction sans pour autant être pleinement intéressants (à savoir que le scénariste du film est l’auteur du livre Joint Security Area)

EN RÉSUMÉ

The Front Line est un condensé coréen de la plupart des grands films de guerre produit depuis plus de 50 ans, adoptant une approche humaniste où une simple signature suffit à diviser des familles, à tuer des gens ou à créer des machines meurtrières – les soldats. Conventionnel, sans surprise, à l’efficacité très relative, avec un réalisateur trop en retrait, The Front Line est le penchant sobre et terre-à-terre d’un Frère de sang, mais reste loin de convaincre. Pour les amateurs, sur la guerre de Corée, récuperez plutôt J’ai vécu l’enfer de Corée & Baïonnette au canon de Samuel Fuller.

  • La note : 4/10



comments powered by Disqus