
Une semaine de Festival Franco-Coréen du Film et puis s’en va. Retour sur l’évènement pour un bilan positif, qui permet de nuancer le fantasme fumeux d’une “grande imposture” du cinéma coréen. Haha.
# LEVER DE RIDEAU
Au premier coup d’oeil rapide, la sélection 2011 pouvait refroidir, avec une majorité de films inconnus, de productions indépendantes à l’aura apparemment intimiste… En fait, une facette plus obscure du cinéma coréen, et pas forcément la plus excitante. Passé cette première impression, un passage en revue plus détaillé du programme a commencé à donner une forme intrigante à la sélection. Avec la présence de films véritablement inédits/rares, des sujets originaux, des genres variés révélant le côté multifacette du ciné coréen à tous les niveaux.
Ce qui s’est confirmé lors de la découverte en salle de ce programme – du moins sur les 14 séances couvertes par AsiaFilm.FR. C’est une sélection portée par l’idée de faire découvrir, de sortir des sentiers battus par la distribution française, de proposer des alternatives, de mettre en lumière des (premiers) projets/réalisateurs trop confidentiels dont les approches sont souvent radicalement différentes. De quoi éviter de s’enfermer dans les travers d’un cinéma artistiquement artistique fait pour l’amour de l’art et le goût de l’exotisme (*indigestion*).
Au niveau des films vus, c’est une qualité variable qui réussit néanmoins toujours à avancer des idées intéressantes. C’est beaucoup de tentatives, d’essais d’aborder différents angles d’attaque, sujets, avec un traitement souvent maladroit, ou des parti-pris trop énigmatiques voire carrément flous. Ce qui se dégage, c’est l’impression de films manquant souvent d’unité, de structure pour pleinement valoriser leurs bons récits-sujets.

«Come, Closer» : Un homme écrasé par le poids du désir émanant littéralement de sa camarade, remarquez l'utilisation du miroir pour renforcer le champ d'attraction de ce désir
# INDEPENDENZA
Pour compenser l’absence de moyens financiers, beaucoup d’indépendants coréens montent des collectifs afin de rassembler différents talents et réussir ensuite à concrétiser des projets. Le genre de démarche qui se retrouve aussi au Japon (rappelez-vous Saudade). Et cette année, le FFCF permettait de bien montrer la variété de ces collectifs. D’un côté, Goksa des frères Kim, réalisateurs de Anti-Gas Skin, qui optent plutôt pour une approche expérimentale hautement symbolique critiquant violemment la société Sud Coréenne. Il y a un aspect très cérébral, opaque et quasi-nombriliste. Alors que de l’autre côté, il y a le KinoMangosteen de Oh Young-doo et ses acolytes, réalisateurs de Invasion of Alien Bikini qui sont tournés vers une optique plus populaire, où il s’agit d’offrir un véritable spectacle au public, de l’amener de surprise en surprise, jouant avec ses émotions, ses attentes…
À côté des collectifs, il y a la Korean Academy of Film Arts, une école de cinéma qui finance/produit des projets d’étudiants. Avec encore une fois, des résultats assez différents. C’est un End of Animal minimaliste qui se dirige vers du film (apparemment) post-apocalyptique, mêlant humour noir à errances métaphysiques mais se retenant d’embrasser totalement le genre abordé. C’est aussi un Bleak Night oeuvrant dans la chronique intimiste autour d’une histoire d’amitié brisée. À défaut de forcément convaincre, ces premiers films permettent de lancer quelques noms à suivre. Au moins, cette école de cinéma assure sa fonction de base, former de nouveaux talents.

«Invasion of Alien Bikini» : Cocktail déluré d'action-romance-sci fi
Puis, il y a les autres indépendants.
Ceux qui réalisent des documentaires abordant des sujets sensibles, que ce soit la place de l’homosexualité en Corée du Sud ou tout simplement revenir sur l’Histoire récente du pays via le prisme familial. C’est les tragédies secrètes d’un Grandmother’s Flower, c’est les conséquences de l’industrialisation de la société dans Cheonggyecheon Medley. Des démarches personnelles qui prennent des formes différentes, dans un cas, c’est un dispositif simple fait maison-quasi à l’arrache, dans l’autre, c’est enrober le projet avec un sens artistique ayant même tendance à canibaliser le sujet.
Ceux qui semblent avoir galèré pendant quelques années pour finaliser un projet, comme avec The Code of a Duel, film de sabre sans moyen qui rend hommage aux maîtres chinois-japonais du genre. Et qui respire la passion et l’amour de ce cinéma à travers chaque plan.
Ceux qui rencontrent un petit succès local en parvenant à dépasser les 10 000 entrées. C’est par exemple Come, Closer, comédie romantico-mélancolique sur les troubles amoureux de la jeunesse coréenne. Avec une réalisation soignée, un sens du détail, malgré un récit vain. Dans le même ordre d’idée, il y a Hong Sang-soo avec Le jour où il arrive, qui développe une petite structure comique à défaut d’amener l’histoire quelque part.

«The Code of a Duel» : La vie d'un salarié expert du sabre
# LE MAINSTREAM
Les quelques “grosses” productions présentées au festival ont amené un bon équilibre à cette sélection 2011, avec des films se voulant être des divertissements accessibles à tous. Qui en plus d’être inédits en France pour certains, permettent de rappeler l’existence d’autres genres dans le cinéma coréen que le thriller. Comme la comédie Castaway on the Moon, qui prend comme toile de fond la détresse de certains Coréens, assurant un propos critique et un spectacle qui malgré quelques longueurs reste touchant. Dans un autre genre, la romance Late Autumn est la preuve que les studios commencent à s’intéresser aux productions internationalisantes, avec ici un film tourné aux Etats-Unis et un casting sino-coréen (qui semble avoir fait le bonheur des midinettes lors des projos).
Il y avait l’occasion de sortir ses mouchoirs en découvrant Sunny, le plus grand succès 2011 local au box-office Sud Coréen, et l’une des grandes surprises du festival. Effaçant les réticences et préjugés de ce qui semblait être un simple mélodrame peu inspiré, potache et lourdingue (merci la B.A !). Alors que c’est du vrai film de filles, avec une ambiance, de l’émotion communicative, une écriture et une réalisation fluide & ludique… qui arrivent à nuancer certaines ficelles du récit. En esperant qu’un distributeur français aura l’opportunité de sortir le film !
L’animation était aussi au rendez-vous, avec le trop mignon & enfantin Leafie, qui remet en tête les ambitions sud-coréennes à vouloir s’affranchir du rôle de sous-traitant des productions japonaises. À vouloir imposer leurs propres talents, leurs technicités malgré une industrie loin d’être parfaitement intégrée-reconnue en Corée du Sud.

«Sunny» : Guerre pop des gangs de filles à Séoul ?
# *JEU DE MOT FOIREUX AVEC COURT*
L’une des révélations perso du festival, c’est d’avoir pris conscience de l’intérêt des courts-métrages. Que ce soit à un degré rétrospectif, comme pour les courts du (jeune) réalisateur de Bleak Night qui permettent de faire progressivement apparaître les thèmes récurrents – l’amitié entre 2 extrêmes – tout en constatant des expérimentations au niveau du style, entre une approche caméra à l’épaule s’introduisant dans l’intimité, et ces plans larges posés qui laissent respirer les personnages.
Ou à l’inverse, avec les courts de la (jeune) réalisatrice Kang Jin-a qui font office de petites graines intrigantes laissant l’espoir de la voir prochainement travailler sur un long métrage. Dans l’état, c’est une fascination pour le thème du deuil avec un traitement alternant comique absurde et drame léger. Et une volonté de se renouveler, de tester de nouvelles idées de mise en scène, de varier les cadres. À quoi ressemblera la suite ?
Le festival propose aussi une sélection complètement dédiée aux courts-métrages afin de se faire une idée des talents émergents. Pas encore eu le temps de les découvrir, ils sont visibles gratuitement sur le net jusqu’au 30 Octobre 2011. À vous de voir.

Ça papote en attendant le débat avec le réa de Bleak Night...
# DEVANT LE CINÉMA
Pouvoir découvrir de nouveaux films, c’est cool. Mais le festival offre surtout la possibilité d’échanger avec les autres spectateurs. De pouvoir discuter, partager des avis. De casser la dimension bouteille à la mer du net. Sachant que l’équipe du festival s’implique dans les discussions, apporte souvent des précisions intéressantes sur les films fraichement visionnés, ou sur le contexte culturel coréen. Bref, il y a vraiment un appel à l’échange, et c’est toujours sympa de rencontrer des gens croisés virtuellement, ou non.
À noter aussi, plusieurs rencontres avec le public ont été organisé. Le réalisateur de Bleak Night & Sunny & l’actrice Jung Yumi étaient présents au festival. Les débats & présentations des films ont été filmé, c’est à regarder par là.
# LES COUPS DE COEUR
Dans les très bonnes surprises & découvertes du festival, il y a ;
# Le réjouissant Sunny de Kang Hyeong-cheol
# L’étonnant Invasion of Alien Bikini de Oh Young-doo
# Le sympathique Castaway on the Moon de Lee Hae-jun
Ensuite, au niveau des curiosités ;
# Anti-Gas Skin des Frères Kim
# End of Animal de Jo Sung-hee
# The Code of a Duel de Yeo Myung-jun
# Grandmother’s Flower de Mun Jeong-hyun
Retrouvez tous les comptes rendus des films ;
# Jour 1 : Grandmother’s Flower / End of Animal
# Jour 2 : Come, Closer / Castaway on the Moon
# Jour 3 : Cheonggyecheon Medley / Le jour où il arrive
# Jour 4 : Anti-Gas Skin / Bleak Night
# Jour 5 : The Code of a Duel / Courts de Kang Jin-a
# Jour 6 : Invasion of Alien Bikini / Courts du réa de Bleak Night
# Jour 7 : Leafie / Sunny
Je vous invite aussi à faire un tour ailleurs, avec des chroniques couvrant certains films non-mentionnés ici comme les classiques, Café Noir, Possessed, Hello Ghost, Re-Encounter… De la bonne lecture complémentaire chez l’Impossible Blog Ciné, Made in Asie, Kim Bong Park, East Asia, FilmDeCulte et 1kult. Rendez-vous l’année prochaine pour la nouvelle édition du Festival du Film Coréen de Paris (aurevoir le terme FFCF).
Merci à Pierre et l’équipe du festival. C’était aussi sympa d’avoir pu discuter avec plusieurs d’entre vous.
Photos – FFCF 2011













