(Critique) Wu Xia de Peter Chan

La nouvelle Rage du Tigre ?
L’enquête d’un détective sur l’incroyable meurtre de 2 assassins par un simple fabricant de papier.
AUX ORIGINES
Avec Wu Xia, le réalisateur Peter Chan s’oriente vers une approche terre-à-terre du film martial, en souhaitant montrer la réalité physique, concrète et subtile du Kung Fu. Au-delà de l’apparence incroyable et inexpliquée de cet Art, le film va mettre en avant le rôle des points méridiens parcourant le corps humain, qui constituent autant de “boutons” agissant directement sur l’harmonie du corps. Soudainement, les combats prendront une autre dimension, où il sera question d’une connaissance précise et millimétrée de la matière humaine, plutôt que d’une danse/suite de coups violents. Sans pour autant négliger la part spectaculaire.
Une approche présentée très simplement en deux temps, via un premier combat du film découvert d’abord comme sous un oeil profane, avec l’impression d’assister à un joyeux bordel à peine chorégraphié par un Donnie Yen qui passe son temps accroché à une brute épaisse. Par la suite, l’oeil affiné du détective lui permettra de revoir la totalité du combat dans ses moindres subtilités, de l’importance de petits gestes passés inaperçus, de l’impact de certaines pressions représentée visuellement. Le tout accompagné par les explications du détective. C’est didactique, simple, et révèle une facette physique des arts martiaux chinois.
Au milieu de nulle part
UNE HISTOIRE DE…
Autour de cette idée, l’histoire rappelle très clairement le A History of Violence de Cronenberg, avec un homme vivant paisiblement en famille jusqu’au jour où il est rattrapé par son passé. Sauf qu’ici, Peter Chan met complètement de côté l’aspect peinture psychanalytique d’un pays entier de son modèle nord américain, gardant simplement la base d’une histoire découpée en 2 grands axes. Mais tandis que la première moitié de Wu Xia propose une enquête didactique essayant de poser les personnages, la seconde partie développe une intrigue moyennement passionnante.
Qu’il s’agisse de rédemption, de pardon, de Justice, de confiance… ces notions sont au coeur de l’histoire, avec des personnages fragiles qui sont progressivement amenés à remettre en question leur conception du monde, leurs choix de vie. Et le film peine à afficher clairement ce cheminement, à véritablement développer les personnages et leurs maux. Ça reste très superficiel, et diminue fortement l’efficacité & l’impact de la partie confrontation – quand les persos devront faire face à leurs peurs en vue de retrouver une certaine paix intérieure. De même, l’approche physique du kung-fu est reléguée à un simple gimmick, alors qu’il y avait peut-être matière à en dévoiler la substance spirituelle, philosophique, psychologique. Sachant que la structure du film se dirige précisément vers la (re)naissance d’une figure mythique du film de sabre.
L'animosité coule à flot
LE RESTE
À noter aussi, des superbes chorégraphies pour les 3 combats du film, qui sont principalement tournés dans des lieux fermés & exigus tout en proposant des scènes spectaculaires. Avec un Donnie Yen en forme, qui exploite le moindre espace pour faire évoluer les combats. En plus d’avoir quelques plans iconiques bien sympathiques – comme lors de la révélation publique de son identité. Et un final, quoiqu’un peu longuet, assez barbare où Donnie Yen incarne un sabreur manchot incroyablement agile, combattant le Sabreur Manchot au cinéma. Ailleurs, si la caméra de Peter Chan erre parfois bizarrement dans les combats, elle se rattrape avec une photographie magnifique captant des paysages sublimes et gigantesques.
En résumé, Wu Xia est un film inégal, parsemé de bonnes idées sans réussir à pleinement les développer. C’est l’envie de montrer une réalité physique des Arts chinois en négligeant la part spirituelle, et les personnages. C’est beaucoup de dialogues, de longueurs pour une approche incomplète. Dommage pour un film portant un titre aussi ambitieux & symbolique, définissant un genre en lui-même – Wu Xia, le récit d’aventure héroïque chinois. À défaut de le redéfinir, Peter Chan propose un angle intéressant.
- La note : 6/10
- Sortie Française : 2012 ?
- À fortiori, le film sera distribué en France dans une version internationale en cours de préparation, je suppose que ça va couper sec du côté des dialogues pour en arriver à une version plus courte (1h30 ?) cherchant à fluidifier le rythme entre les 3 combats du film.









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