(Critique) Cold Fish de Sion Sono

Label d’exportation gore cherche indépendant subversif pour charcutage interminable.
Proprio d’une boutique de poissons exotiques, Shamoto est un homme à la personnalité effacée vivant avec sa nouvelle femme déjà lassée de ce mariage, et sa fille en pleine rébellion. Cette famille fera la rencontre de Murata, un beau parleur leur venant en aide…
Habitué à produire des films jouant la carte du spectacle gore, excessif & inventif à petit budget, le label Sushi Typhoon fait ici honneur à l’un des rares cinéastes japonais actuellement intéressant, Sion Sono. Une rencontre curieuse qui laissait espérer un peu de renouveau pour un label coincé dans la case excentricité gorasse. Tout en permettant au cinéaste d’exprimer une nouvelle fois sa grande liberté de ton à travers cette histoire inspirée d’un tueur en série japonais.
Un espoir qui tombe rapidement aux oubliettes. Cold Fish assume totalement le cahier des charges typhoon, avec un Sion Sono en roue libre, qui injecte au mieux de la critique sociale grasse dans un cocktail de violence grotesque accompagnée par une dose de nudité. Pour une histoire prétexte à aligner du symbolisme plutôt qu’à chercher de l’empathie, d’où des personnages sans relief. Point de thriller tendu ici, plutôt de la farce vulgaire.

À l’exemple de la scène d’intro, une épouse blasée faisant ses courses, le cinéaste semble être en mode automatique, mettant dans son cadi typhoon autant d’éléments susceptibles de choquer sans chercher à les organiser. Tout juste, les teinter d’une dimension critique comme si c’était une fin en soi. Il est donc question de l’absence de communication au sein d’une famille, de la répression des désirs, de l’absence d’autorité & d’affirmation… Peut-être trop malin, Sion Sono ne se met pas à un niveau humain, ne s’interroge pas sur l’ambiguité morale & psychologique de ses personnages. En fait, à les rendre intéressant.
D’ailleurs, le film peine à tenir la distance sur la durée, 2h24 quand même. Avec plusieurs tunnels de bavardages, une intrigue sans enjeux, des personnages absents… Ces défauts d’écriture sont renforcés par une réalisation foutraque au possible, c’est généralement filmé à l’arrache, sans prendre le temps de construire quelque chose d’intéressant. C’est tout juste quelques plans bien appuyés par ci par là (le diner, la planète terre, les icônes religieuses…) pour rappeler la posture thématique du produit. Avec un Sion Sono à la limite de l’auto-caricature, abusant d’une musique classique totalement massacrée en plus d’être intégrée n’importe comment au film, faisant tourner en boucle les 3 mêmes mesures d’un morceau… qui tire toute sa beauté de ses ruptures violentes de tons limite grand-guignolesques. Ce qui marchait avec le Boléro de Ravel dans son précédent film, tombe ici à plat avec l’utilisation à la ramasse de la 1ère symphonie de Mahler. Mauvaise pioche dans la playlist des ziks classiques.
Au final, Cold Fish est un film trop long, qui prend une distance par rapport au potentiel terrifiant de cette histoire, pour faire de la farce vulgaire. Affichant une critique sociale sur un Japon déliquescent, rongé par la peur d’exprimer ses désirs les plus secrets. Ni passionnant, ni original dans le fond, c’est une grande douche froide de la part d’un Sion Sono qui sortait pourtant de l’excellent Love Exposure.
- La note : 2/10
Sortie française : Automne 2011 (DVD) - Dans les bonus de l’édition DVD Anglaise, un journaliste américain ayant travaillé sur l’affaire dont s’inspire le film, raconte ses rencontres avec le véritable tueur. Il parle d’un homme charismatique, très magnétique et convaincant, comme dans le film. Mais, aussi capable d’avoir un regard terrifiant trahissant quelque part ses actions. Le journaliste parle d’une vraie peur bleue, malheureusement totalement absente du film. Ce bonus aborde aussi le système judiciaire japonais et ses failles, avec des anecdotes, c’est passionnant (le journaliste en question est l’auteur de Tokyo Vice d’ailleurs).









C’est pas le meilleur Sono Sion, mais franchement 2/10, c’est vraiment sévère !!!
Moi j’ai passé quand même un bon moment avec des sujets que le cinéaste affectionne particulièrement: les relations familiales !!
J’ai trouvé ça très sympa et inhabituel des productions sushi typhoon, du bon quoi !
[...] d’un père de famille. Sur les défauts du film, on peut ainsi rejoindre la critique d’Asiafilm avec ce côté « vas-y que je te remplisse la cahier des charges de la [...]
Moi je ne connai pas les autres films du realisateur mais je n’ai pas vu passer les 2h26 du film
encore enthousiasmé par une telle odace !
Quelle claque vraiment,mon coup de coeur de l’année avec l’excellent j’ai rencontré le diable!
merci au cinema asiatique pour ces pavés dans la marre !
La critique est aisée mais l’art est difficile !
Franchement je trouve la critique sévère.
Le film est certes dérangeant mais à mon avis extremement bien ficelé, les acteurs sont top (shamato/aiko/murata surtout).
J’ai pas vu passé les +2h du film entraîné dans une danse macabre sous fond de désespoir familial.
Une grande oeuvre à réserver à un public avertis.
Parfois ca peut sembler too much mais j’ai trouvé ca parfait dans son genre.
Disons que sur le papier, le fait divers à l’origine du film pouvait soulever des questions pertinentes et rarement traitées dans le cinéma japonais contemporain. Dans les grandes lignes, il y a matière à interroger le tabou d’un meurtre dans la société japonaise, mais aussi pourquoi le Japon se retrouve avec l’un des taux de criminalité les plus bas au monde, ou encore pourquoi la Police en arrive à tricher dans ses rapports/enquêtes, et enfin, pourquoi le taux de suicide au Japon est si important, pourquoi ce taux est complètement biaisé. Après un petit travail journalistique le sujet se révèle quand même particulièrement riche et, original.
Mais à l’arrivée, le film est surtout… “une danse macabre sous fond de désespoir familial”
C’est vrai que coté analyse il n’y a pas grand chose mais je ne crois pas que ce soit le genre de ce réalisateur qui tends plutôt à suggérer (en mettre plein la figure !!) et laisser le spectateur se debrouiller avec ses sentiments.
C’était plus flagrant avec les premiers film.
Celui là est plus structuré mais au final plus noir, sans vraiment de conclusion ou reflection, la dure réalité seulement.
Par contre le rapport avec le suicide au Japon je vois pas.
Faites-vous votre propre avis car ce film ne vaut vraiment pas 2/10 !!
Perso J’ai accroché du début jusqu’au film, je range Cold Fish a côté de the Chaser et I Saw The devil avec plaisir.