(Critique) Colorful de Keiichi Hara

Itinéraire d’un esprit impur.

PRÉSENTATION

Keiichi Hara. Un nom encore méconnu en France, éclipsé par le prestige ghiblien, mais pourtant déjà considéré comme l’un des cinéastes japonais importants d’aujourd’hui par la presse nippone. Ayant oeuvré pendant plusieurs années sur les films de la série Crayon Shin-chan – toujours inédits hors Japon, c’est avec Un été avec Coo qu’il gagne en attention. En ressuscitant littéralement l’impossible dans un Japon contemporain étouffant, en plus d’offrir une touchante histoire d’amitié. Un bon présage pour Colorful ?

En guise de seconde chance, un esprit se retrouve réincarné dans le corps d’un adolescent, Makoto, miraculeusement réanimé après son suicide. Mais pour rester sur Terre, l’esprit devra passer les épreuves de la vie, sous la surveillance d’un ange…

SECONDE CHANCE

À l’inverse de Coo, l’argument fantastique du film laisse très vite place à du drame terriblement ancré dans une réalité commune. Où l’esprit doit réapprendre à gérer et comprendre des situations humaines, à se retrouver une identité tout en cherchant à connaître l’histoire de ce nouveau corps. Une aventure d’abord envisagée avec distance par un esprit, qui cumule les maladresses plus ou moins comiques, mais préfère conserver une position de spectateur (cf. les captures plus bas).

Cette nouvelle vie est malicieusement présentée par l’Ange guide, révélant une famille japonaise marquée par une absence totale de communication, avec un père marié à son travail, une mère dépressive sortant d’une liaison extraconjugale, un grand frère obsédé par ses études… Et le dernier, suicidaire car humilié et rejeté à l’école, n’ayant ni ami, ni espoir. Drôle d’épreuves en prévision !

Regarder couler le flot de la vie / Être vivant (Cliquez pour une version plus large)

JAPON TERRE-À-TERRE

Rien d’apparemment magique ni de fantastique dans cette peinture type d’une cellule familiale, et par extension d’une société, où chacun est isolé, coupé de véritables rapports humains. Pourtant, Keiichi Hara retourne assez simplement ce constat global à mesure que Makoto affronte cette réalité, va à la rencontre des autres. Le résultat, c’est une approche venant directement interroger l’individu, son regard sur le monde, ainsi que sa place, et sa responsabilité. Par extension, le spectateur — rappelez-vous l’introduction et ses plans subjectifs. De quoi faire basculer intelligemment un propos critique vers une réflexion riche en émotions. Tout en dévoilant la magie insoupçonnée de cette réalité à l’allure morose.

Comme pour exemple, cette chasse aux anciennes stations de trains dont il ne reste plus que quelques plaques commémoratives éparpillées à travers le nouveau Tokyo. Marchant sur les pas du passé, et redécouvrant une vie antérieure verdoyante, Hara nous présente une amitié en train de se faire, sans sombrer dans la nostalgie d’un temps meilleur, une façon d’appuyer l’importance et la magie de ce présent unique en cours.

CARPE DIEM

Le titre Colorful, littéralement coloré, exprime davantage l’idée de richesse de la vie, que d’un spectacle visuellement très coloré. C’est cette manière de dépeindre les différentes facettes des personnages, de leurs émotions. De présenter un Makoto capable d’être parfaitement détestable et pourtant fragile dans la scène suivante. C’est percevoir toutes ces subtilités parcourant l’existence qui constituent une part importante de l’épreuve de l’esprit réincarné en Makoto.

Peut-être que le principal défaut de Colorful, c’est d’adopter le chemin simple d’une chronique humaniste. Malgré une histoire au fond particulièrement désenchanté — il est quand même question de suicide, de prostitution, d’humiliation — le film accumule les contrastes d’ambiance, dresse un portrait nuancé de l’humanité remettant sans cesse en question nos repères, et maintient trop longtemps la distance entre l’esprit et Makoto, entité froide par excellence. Émotionnellement, le film est loin d’égaler Coo (j’ai toujours en tête le passage live à la télé qui était à pleurer). Reste une oeuvre intelligente et belle, à l’animation/réalisation soignée, traitant avec respect son audience.

  • La note : 7/10
    Sortie ciné Française : 16 Novembre 2011




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7 Commentaires

  1. Salut, super critique, un grand merci. J’avais entendu parler de ce film depuis longtemps. J’en avais d’ailleurs récupérer l’affiche qui est magnifique. Puis je l’ai oublié. Ta critique m’a rafraichi la mémoire et je voulais savoir comment avais-tu pu le voir ? Je suis un grand amateur de film d’animation et j’ai toujours beaucoup de mal à me procurer les oeuvres. Aurais-tu un lien ou quelque chose qui me permetterai de voir ce film qui m’intéressent beaucoup ? Merci beaucoup, super site by the way !

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  2. wam says:

    Le blu-ray japonais est sorti fin Avril, puis a été fansubbé dans la foulée. En espérant une distribution française pas trop tardive. Et par rapport à l’affiche, en format très (très) large, il y a ça.

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  3. Ialda says:

    Keiichi Hara est l’un des grand réalisateurs d’anime ignorés en-dehors des frontières de l’archipel du fait du manque d’intérêt suscité par Shin-chan à l’étranger. Ça a commencé à changer depuis Coo, et j’espère que ça va continuer (même si paradoxalement, je préfère son travail sur Shin-chan, les films principalement).
    Merci pour cet article.

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  4. Anonymous says:

    C’est kazé qui a licencié le film ,une sortie cinema est prévu en 2012 ,suivi d’une sortie dvd ,br un peu plus tard…

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  5. wam says:

    Plus précisément, Kazé annonce une sortie ciné pour Janvier 2012 16 Novembre 2011 (le site officiel)

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  6. angel says:

    super hate de la voir au ciné !!

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  7. Marion says:

    avant-première lors de la Nuit de l’animation, le 10 novembre 2011 au Studio 43 de Dunkerque…

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