Séance décryptage : Le Règne des Assassins

Co-réalisé par un John Woo aussi producteur, il y a comme un parfum de wu xia pian old school à la Shaw Brothers provenant de ce Règne des Assassins. Entre les décors de studio et la trame tragique reposant sur l’essence même des arts martiaux, plusieurs idées visuelles valent le coup d’oeil (avec spoilers) !

UN PONT TROP LOIN

La relation amoureuse entre les deux personnages principaux va s’inscrire subtilement à l’écran à travers l’utilisation de différents motifs. Qui sont introduits dès leur toute première rencontre, scellant d’emblée leur destin. Pour rappel, il s’agit d’un film où les personnages portent tous des masquent afin de protéger un secret. Et ces motifs ont justement tendance à lever ces masques. À lier instinctivement les personnages aux yeux du spectateur.

Les motifs, c’est un “pont avec son arche” pour la femme (via son poème, symbole d’Amour), et un “sous-de-pont” (ou tunnel) pour le mari. À cela, s’ajoute la pluie qui fait office d’élément unificateur (avec une étrange connotation positive, ou plutôt, salvatrice – garder en tête leur 1ère rencontre). C’est sous la pluie qu’ils se rencontrent vraiment à chaque fois, le futur-mari est cloisonné dans l’espace avec les “tunnels” (en rouge sur l’image suivante) jusqu’au moment où il se fait accepter par sa future femme, et peut enfin, franchir le pont. Autrement dit, cette romance se construit par l’intermédiaire de ces motifs.

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RÉVÉLATEUR D’ÂME

Le coeur du film, c’est les arts martiaux, avec des assassins voulant récupérer une relique mystique garantissant un pouvoir absolu. Et comme précisé en début de récit, ce monde des arts martiaux est sans échappatoire. C’est donc naturellement que chaque scène d’action viendra immanquablement faire tomber les masques de ceux qui pensaient pouvoir s’échapper.

C’est par des poses, des réflexes, des mouvements précis que les personnages planqués se dévoileront aux autres assassins. D’ailleurs, toute la première partie nous prépare subtilement à ces instants révélateurs, avec l’ex-tueuse guettant les faits et gestes de son futur-mari, pour s’assurer qu’il n’est pas lui aussi un tueur (et plus tard, doublement confirmé par la jeune tueuse – celle qui compense son absence de talent martial par son talent de prédatrice, se mettant littéralement à nue pour séduire, et non spirituelle comme les autres).

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UNE FAMILLE

Autre idée de mise en scène, confirmer l’opposition entre différents personnages en prenant comme image-clée l’un des éléments les plus importants aux yeux de ses personnages. Comme par exemple, leurs épouses, qui incarnent à la perfection un monde éloigné des arts martiaux. Ici, l’opposition visuelle est clairement marquée par un sens ainsi qu’une luminosité différente. Eventuellement, il y a matière à faire un parallèle avec la relique du moine, sauf qu’ici, il s’agit d’être humains vivants (endormis) qui peuvent apporter l’une des choses les plus puissantes dans la vie, l’Amour (soulignant pour l’occasion l’ampleur mortifère et égoïste du monde des arts martiaux).

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À RETENIR

Le Règne des Assassins se révèle être un subtil wu xia pian, ignorant le piège des surexplications pour aller construire des motifs visuels renforçant la narration. Et par conséquent, notre experience de spectateur. À un certain degré, l’ombre de John Woo se fait même sentir, dans cette manière de donner aux scènes d’action un rôle actif au sein de cette histoire de cache-cache, permettant de vraiment définir l’essence des personnages. Pas mal !



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