(Critique) The Unjust de Ryoo Seung-wan

“La justice nique sa mère”
Hautement médiatisée, l’affaire d’un tueur en série est en pleine impasse, alors que la Police a officieusement tué le seul suspect. Pour en terminer avec l’enquête, un haut gradé demande à un capitaine, dont la carrière se traîne, d’inventer le parfait coupable. Mais sur son chemin, il croisera un procureur acharné et un mafieux vicelard.
COMÉDIE NOIRE
Si la tendance 2010 des thrillers coréens était d’emprunter le virage de l’ultra-violence, creusant au fond du fond de l’âme humaine, The Unjust opte pour le chemin de la comédie noire en fouinant dans les entrailles de la Justice coréenne. Pas de gore, ni d’action spectaculaire ici, juste un savant jeu du chat et la souris entre hommes apparemment respectables.
Contrairement à la mauvaise traduction anglaise du titre, le film repose d’avantage sur l’idée d’accords malhonnêtes/déloyaux que sur une quelconque notion d’injustice. Chaque personnage prend un choix et doit en accepter les conséquences, avec plus ou moins de facilité selon la situation sociale. D’où la dose d’humour noire, à la limite d’un cynisme, mettant chacun face à la réalité de leurs choix.

LE PRINCE DE LA VILLE
Pour autant, The Unjust n’oeuvre pas dans du thriller psychologique, les personnages restent surtout fonctionnels sans développement d’humanité réelle. Des persos caractérisés par leurs boulots et leurs outrances plutôt que leurs contradictions morales. Un traitement qui témoigne de la froideur d’une Institution comme celle de la Justice, considérant de facto l’homme comme un simple pion soumis à sa hiérarchie, qui rejette sa frustration sur ceux qu’il commande. Les rouages de cette justice font peur à voir.
Explorant la moindre ambiguité possible, le récit reflète le réseau complexe d’une corruption normalisée où chacun essaye tant bien que mal d’accomplir une mission. Et il faut bien 45 minutes pour commencer à situer les personnages et leurs relations. Autrement dit, un récit lourd et alambiqué, gavé d’informations à défaut d’émotion.
Le tout sous l’oeil attentif d’un Ryoo Seung-wan, dont la mise en scène regorge d’idées, cherche sans cesse à se renouveler, à l’exemple les mises au point faisant office de champ-contre-champ, des compositions exploitant l’environnement (la “tour d’ivoire” du procureur !). À côté, c’est aussi ces photos de suspects littéralement balayées d’un coup de pied par le flic, ces rapports de force changeant brutalement de ton… Preuve d’une ingéniosité visuelle bienvenue.
C’EST COMPLIQUÉ
The Unjust accuse la lourdeur d’un récit cryptique visant les entrailles pourries d’une Justice coréenne. Qui sur fond d’humour noir, enferme des personnages dans une spirale destructive, en y injectant trop tardivement une once d’humanité. Inégal, un peu indigeste mais parcouru par de superbes idées & un propos incisif.
- La note : 5/10
- Sortie Française : 18 Avril 2012 (DVD/BR)









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