(Critique) Confessions of a Dog de Gen Takahashi

“Au Japon, il y a 2 choses que personne ne peut questionner, l’Empereur et la Police”.

Fraichement promu Inspecteur à la criminelle, Takeda se doit d’obéir rigoureusement aux ordres de son supérieur et bienfaiteur. C’est ainsi qu’il prend progressivement part aux activités illégales de la Police, véritable plaque tournante officieuse du crime organisé au Japon.

Auréolé d’une réputation sulfureuse et controversée, le film mettra plus de 4 années pour finalement débarquer sur les écrans nippons. À défaut d’un bannissement fantasmé, ce retard trouve une explication très simple, la faillite de la maison de production. Beaucoup d’attente donc, et un résultat à la hauteur de la controverse, Takahashi signant ici un véritable monument à charge contre la sphère médiatico-policière du Japon. Mais pas que.

Loin de la folie, de la furie et de la violence d’un Fukasaku, Confessions of a Dog, c’est davantage une lente descente dans l’envers du décor. Avec une description minutieuse de toute la perversité du monde Policier terriblement ordonné et hiérarchisé. Où 2 flics bien placés discutent paisiblement du destin d’un de leur confrère à abattre, en dégustant un repas mijoté sympathique comme si de rien n’était. Derrière les costards, les bonnes manières, il y a des ordres, une hiérarchie toute puissante, un réseau à la main très longue… et en bas de l’échelle, une horde de chiens méprisée dans le cynisme le plus total.

L’inspecteur Takeda (magnifique Shun Sugata) incarne un sens noble de la justice rapidement tourmenté par des obligations indiscutables. Qu’il finit par accepter à mesure qu’il comprend le fonctionnement de cette grande famille qu’est la Police. Offrant au final un portrait au vitriol de cette institution, avec ces flics de quartier plongés dans l’ennui qui décident de forcer les fautes, ces interrogatoires où l’abus de violence est légitimé, ces suicides forcés, les mises en scène médiatiques d’arrestations exemplaires… En fait, une machine gigantesque broyant l’individu.

Face à elle, quelques fous qui peineront à faire valoir leurs arguments. L’idée même de questionner une institution comme la Police ou la Justice apparait d’emblée comme absurde. La majorité des journalistes se comportent en véritables chiens, sautant sur les rapports officiels de la Police sans rien vérifier. Sans chercher à établir des connections, à interroger des faits étranges… qui pourraient finir par révéler la manipulation de la Police japonaise. Dont le comportement n’a rien à envier aux plus crasseux des gangsters.

Avec un peu plus de 3 heures au compteur, le film prend son temps pour bien mettre en évidence ces actions. D’un journal qui refuse de toucher à la Police, aux coups bas de certains policiers, Takahashi adopte un point de vue brut et sans effets superflus. Il y a juste des individus qui ont accepter de vivre dans un compromis, certains étant plus salauds que d’autres (d’ailleurs, une scène de violence imaginaire viendra faire taire la suffisance et le cynisme des hauts gradés).

À saluer, la réalisation toute en sobriété qui fait naître un sentiment d’enfermement, à la limite d’une légère paranoïa, avec une caméra qui s’immisce discrètement dans ces moments mettant à mal l’honneur de Policiers à l’idéal troublé. C’est aussi des discussions où un élément du décor s’imposera doucement au premier plan, enfonçant temporairement le dialogue dans un noir presque angoissant, tout en créant un cadre dans le cadre pour mieux souligner l’individu dans la machine. Avec un rendu terre-à-terre, une image terne pour un quotidien loin d’être glorieux.

En résumé, Confessions of a Dog est une bombe massive et passionnante sur comment des hommes finissent par renier naïvement leurs croyances pour se fondre dans un groupe, qui derrière un sourire accueillant, les méprise du fond du coeur. C’est inviter chacun à oser se poser des questions plutôt que d’accepter des règles, des ordres ou des vérités jugées absolues par une horde de crevards endimanchés protégeant leurs intérêts de voyous.

De quoi relativiser certaines baisses de rythme, ou quelques démonstrations appuyées, d’un film à l’allure pépère qui décide de trancher dans le vif de l’apparence faussement respectable d’une Institution et de ses représentants. Un imposant bloc de cinéma japonais en rage, à découvrir en ces temps de consensualisme kawaii !

  • La note : 7,5/10
    Disponible en DVD UK



comments powered by Disqus