Deauville Asia 2011, bilan (2ème partie)

Suite et fin du bilan sur Deauville Asia avec quelques rares mais beaux morceaux de films à surveiller. À noter s’il en est besoin, que cet article se base sur les retours critiques d’amateurs/passionnés. Par rapport à la presse ciné généraliste qui s’est contentée de poster le palmarès du festival (ce qui nous avance beaucoup).

BIRTH RIGHT (2010, NAOKI HASHIMOTO)
Serait-ce donc la perle inattendue du festival ? FDC parle sans hésitation d’une “révélation” sur laquelle plane “l’ombre de Kiyoshi Kurosawa”, tant par sa “maîtrise du cadre” que son “économie d’effets” qui évoquent une “approche radicale de la mise en scène et du récit”. À noter aussi, que “la tension est permanente alors que le tempo est pourtant somnambule”. HK Mania parle d’un film “aride” à “l’ambiance anxiogène” offrant des instants de “pure poésie”. En fait, une “grosse leçon de cinéma (…) de la part d’un réalisateur très indie”.
D’ailleurs, au cours de la présentation du film, le réalisateur prévenait le public qu’il s’agit d’une oeuvre suscitant des réactions très vives et contrastées. Pour autant, Anglesdevue bien que mitigé, souligne une “démarche courageuse”, entre la tension et un “duel quasi-mutique”, le film oscille entre “tragédie familiale” et “thriller psychologique”. Seul point noir, l’histoire “souffre de certaine longueurs”, à partir du moment où les “motivations” d’un des perso ont été deviné. Ce qui n’empêche pas Sancho d’y voir un “exercice jusqu’au-boutiste, résolument brutal bien que dénué de la moindre violence graphique”.
# À lire, un entretien avec le réalisateur !

THE JOURNALS OF MUSAN (2010, PARK JUNGBUM)
Récompensé par un Lotus du jury (ex-aequo), après avoir rafler déjà d’autres prix dans plusieurs festivals internationaux, ce film coréen se présente d’abord comme une mauvaise surprise pour FDC. Parlant d’un “faux-sujet” sur les relations entre Corée du Nord et du Sud, en fait “simple détail” du scénario qui semble surtout servir de “belle étiquette vendeuse (…) un brin malhonnête”. Pour le reste, le film oeuvre dans du “réalisme social” où le “déjà-vu guette parfois”, manquant “d’un peu de singularité percutante” pour oublier sa “publicité mensongère”.
De même, Excessif reproche au film de faire dans la facilité, mettant de côté la “dimension politique” pour se concentrer dans du “pathos et du misérabilisme”. Le critique rappelle au passage que le réalisateur est l’ancien assistant de Lee Chang-dong (Poetry). À croire qu’il a conservé uniquement les tics de Lee sans les comprendre ?

SKETCHES OF KAITAN CITY (2010, KAZUYOSHI KUMAKIRI)
C’est l’autre Lotus du jury (ex-aequo), aussi jugé comme l’un des meilleurs films japonais sortis en 2010 par la presse nippone. Mais la réponse critique deauvillaise est plus mitigée. À commencer par Excessif, y voyant un “film-choral classique” mais ambitieux sur “l’identité japonaise”, avec une narration “un peu aléatoire” et des “segments plus forts que d’autres”. Reste la touchante “mélancolie souterraine de cet assemblage”.
De son côté, FDC note que le film “évite quelques pièges du film chorale et quelques leçons du film social”, avec des “histoires [qui] se voisinent” plus qu’elles s’entrecoupent, et “une certaine retenue” au niveau social. Le film se révèle pourtant “certainement trop long” et atteint ses “limites lorsque les couches de pathétique commencent à s’accumuler”. Tandis qu’Abusdecine constate une “atmosphère glacée, sans issue” pour un film “malheureusement inégal” malgré “quelques très belles scènes”.

DONOR (2010, MARK MEILY)
Ce film philippin faisant un état de la situation sociale de son pays amène la plupart des critiques à faire un rapprochement avec l’oeuvre de Brillante Mendoza, sans en atteindre l’ampleur. Pour FDC, il s’agit ici d’un “cinéma de survie”, mais Donor n’échappe pas à quelques défauts comme “une certaine candeur” et des choix de réalisations qui font “un peu amateurs”. Des défauts finalement vantés, parce qu’après tout, c’est “les limites de cinéma qui en font l’attrait”, cette “naïveté brute, qui court en ligne droite sans se poser de question.”
De son côté, Anglesdevue, note la capacité du réalisateur à “nous tenir en haleine jusqu’au bout” malgré des conditions de production supposées difficiles. Et si à première vue, le film pouvait sentir “le drame sordide”, le critique souligne “un scénario [qui] ménage quelques surprises” prenant le spectateur à contre-courant.
# À lire, un entretien avec le réalisateur !

THE OLD DONKEY (2010, RUIJIN LI)
Un film chinois à considérer comme “un objet didactique, à la lisère du documentaire” qui évite “l’exotisme racoleur du cinéma world” nous dit Excessif. Une “expérience un peu aride” alourdie par quelques “parti-pris assez artificiels”. Ailleurs, Abusdecine parle d’un début de film “déroutant”, en raison d’un rendu DV “digne des feuilletons allemands des années 80″. Une fois passée cette première impression, ce “portrait attachant d’un vieux paysan chinois” révèle un “film brut et singulier”.
Pour FDC, le rendu DV apporte “une vraie beauté et une bizarrerie aux paysages”. Et si le film reste au premier abord “surprenant” de par son “aridité aussi bien visuelle que narrative”, il dévoile plus tard quelques “touches d’humour politique pince-sans-rire”. Petit bémol quand même, puisque le “discours politique devient un peu trop didactique” dans un récit retrouvant des “pistes plus balisées”.

ONG BAK 3 (2010, TONY JAA)
Le troisième volet du grand oeuvre de Tony Jaa suscite une incompréhension polie. East Asia considère qu’il s’agit “d’un méchant copié/collé des rushs du second opus, sans la qualité des chorégraphies” tout mentionnant un scénario fade qui n’offre pas “grand-chose à se mettre sous la dent”. Pour FDC, le film conserve bien son “décor de fresque épique et d’épopée vengeresse” qui ne saura se résumer à une “énième pelloche de tatanes ou à un gros wu xia pian”. Mais, entre ces 2 genres, le film est “sans cesse [en train] de se chercher” sans arriver à “concilier les deux en une seule unité assumée”.

THE PIANO IN A FACTORY (2010, ZHANG MENG)
Une comédie chinoise qualifiée de “comédie sociale à l’anglaise, avec quinze ans de retard” réduisant le “crowd-pleaser à une caricature putassière”. Et cerise sur le gâteau, FDC rajoute, “une expérience pénible”. À l’opposé, pour Abusdecine, c’est “un mix surprenant entre Dino Risi et Aki Kaurismäki”, un “sympathique petit film de copains”.

MAUDITE PLUIE! (2010, SATISH MANWAR)
Autre film indien de la sélection, mais celui-ci ne bénéficiera pas d’une indulgence critique. À l’exemple la froide conclusion de FDC, affirmant à quel point ce film reflète “la vacuité et l’ennui d’un type de cinéma qui n’a que ses intentions à offrir”

UDAAN (2010, Vikramaditya Motwane)
Devant la quasi-invisibilité en France de films indiens contemporains non-musicaux, FDC voit en Udaan une bonne nouvelle, celle de “l’éclosion d’un jeune cinéaste” disposant d’un savoir-faire formel” et d’une aisance à réaliser des “scènes moins dramatiques” d’où une certaine indulgence dans la critique. Pour autant, le film est entâché par une “écriture parfois épaisse”, un rythme qui “s’affaisse dans la deuxième heure” et enfin, le “kitsch des chansons en bande sonore”.
Chez Excessif aussi, il question de faire preuve d’un peu d’indulgence face à “la candeur du récit” et “l’énergie du réalisateur”, surtout pour un film prouvant la variété du cinéma indien. Malgré tout, le critique pointe des problèmes d’écritures avec une durée “fastidieuse” et des “personnages manichéens”. Enfin, East Asia reconnait la “pertinente profondeur” de ce film “anti-Bollywood” magnifiant “avec justesse les doutes et interrogations des jeunes adolescents”.

DÉTECTIVE DEE (2010, TSUI HARK)
Pour ses premiers pas en France, le Tsui Hark nouveau inspire des réactions bien tranchées. D’un côté, il y a ceux comme FDC, pour qui “la folie du cinéaste tourne avec ce film à la boursouflure numérique”, en raison d’une “mise en scène croulant sous une esthétique toc”. L’ensemble étant à peine sauvé d’un “appréciable kitch coloré”. Une réponse critique s’en tenant donc à la surface bien visible du film.
Pour creuser, il faudra se tourner vers Anglesdevue qui parle d’une réussite dans “le genre blockbuster d’aventures ésotériques”, là où le Sherlock Holmes de Ritchie échouait complètement. Avec un Tsui Hark “tirant parti des décors grandioses et des interprètes impeccables”. Ailleurs, HK Mania pointe aussi la “qualité des SFX, pas convaincants”, ce qui n’entache en rien un “montage, [une] direction d’acteur et des combats” exemplaires. Mais aussi un “scénario compréhensible du premier coup”, jugé plutôt rare chez Hark. En définitive, “le film d’action de l’année”.

WIND BLAST (2010, GAO QUNSHU)
Sorte de western contemporain chinois, le film remporte clairement le titre de croûte du festival. Discordance l’honore du prix du film “le plus incompréhensible”, où le “synopsis alléchant” fait rapidement place à une “catastrophe”. Moins inspiré, Ecran Noir parle tout simplement d’un film “dispensable”.
Heureusement, c’est avec délicatesse et humour que Sancho développe un peu plus sur ce “nanar king-size”, véritable “scandale” dont l’unique but est de faire subir aux spectateurs “tous les outrages audiovisuels possibles et imaginables”. Alignant des “acteurs qui surjouent”, des “gags perraves”, “des effets inutiles” mais aussi du placement de produits. Un festival quoi.

OKI’S MOVIE (2010, HONG SANG-SOO)
Alors qu’Hong Sang-soo était honoré d’une rétrospective carrière, voilà qu’il en profitait pour présenter son tout dernier film. Qui recueille des critiques très favorables. Pour FDC, ce film prouve que si “l’univers [du cinéaste] reste le même, des variations y existent”, avec entre autres ici un “jeu de miroir à la limpide et vertigineux illustrant l’art narratif” du réalisateur dont la “mise en scène [est] proche de la grâce”.
D’autres éloges chez East Asia, jugeant que Hong Sang-soo est arrivé à “une maîtrise parfaite de ses moyens cinématographiques”, comme en témoigne “l’accessibilité absolue cinéaste réputé intellectuel”. À côté, la critique parle “d’une merveille d’inventivité narrative” comblant de loin un budget restreint. Pour un film décrivant la “justesse des rapports humains”. Faisant donc de Hong Sang-soo “un grand peintre moral” offrant par son film une “bien belle définition du cinéma”.
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Sont absents de ce compte-rendu ; Blades of Blood, Mr. & Mrs. Incredible, considérés majoritairement comme anecdotiques et donc ayant entraîné peu voire aucune critique. Le Ha Ha Ha de Hong Sang-soo qui vient de sortir en France entre temps, rendez-vous là. Et enfin, le thriller violent de Kim Jee-woon, déjà chroniqué ici même et lors de Gérardmer – Au passage, la retranscription de sa masterclass !









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