La réception d’un film

// Blogathon Spécial Cinéma Coréen

En pleine promotion américaine de J’ai rencontré le diable, un journaliste faisait remarquer à Kim Jee-woon que le public coréen ne semblait pas avoir accroché au film alors que le public occidental, l’acclame. Sur ce, le cinéaste livrait une explication de cette différence ;

Une étude s’est intéressée à la manière dont les Orientaux et Occidentaux perçoivent une photo. Quand les Orientaux regardent la photo, ils regardent la figure ou l’objet central avec son arrière plan. Tandis que les Occidentaux semblent plus se concentrer sur la figure en elle-même. C’est peut-être une comparaison intéressante sur leur manière de voir les films, parce qu’en Corée, le public semble prendre en compte toutes ces choses périphériques au film ; comme son contexte sociétal. De quoi parle le film d’une façon générale ? En regardant le film, le public prend en compte mon travail en tant que réalisateur, plus toutes ces choses extérieures. Alors qu’avec le public occidental, d’après mon expérience, lorsqu’il regarde un film, il prend seulement en compte le film en lui-même sans s’attacher à des informations extérieures et superflues.

À défaut d’avoir trouvé l’étude en question, ou d’avoir les critiques coréennes sous le coude, KJW semble suggérer dans cette réponse que le public occidental accepte le film davantage comme un spectacle avec ses enjeux, et moins comme une oeuvre culturelle inscrite dans un contexte socio-économique précis (pour forcer la caricature).

Quelques années auparavant, le cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa s’étonnait d’une réception plutôt différente. Lorsqu’il décrit son amour du cinéma d’horreur américain, il remarque que la critique comme les spectateurs occidentaux s’étaient concentrés sur une lecture politico-sociale de certains films (Romero et ses zombis) pour affirmer la qualité première de ces oeuvres. Reléguant, de facto, l’élément central du cinéma d’horreur : faire peur. Dans l’exemple de Kim Jee-woon, ce serait comme regarder les bords d’une photo.

Ce genre de traitement se retrouve de temps à autres encore aujourd’hui. Par exemple avec The Host, dont l’accueil critique/public français appuyait l’idée d’un “film de monstre intelligent” en rapport aux éventuelles métaphores politiques de l’histoire. Comme s’il fallait chercher à légitimer ce spectacle, à prouver qu’un film de monstre n’était pas stupide, qu’il pouvait y avoir de la matière pour l’esprit (qui en doutait ?).

En fait, l’impression d’une grille de lecture définissant, voire anoblissant, l’expérience du film : ce n’est plus une histoire de monstre, ni un drame familial poignant, mais avant tout une critique acerbe de la politique américaine. Un film où le fond efface la figure/l’objet central ?



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