Du film coréen noir (de chez noir)

// Blogathon Spécial Cinéma Coréen

Quelques décennies avant qu’un Kim Jee-woon ne s’engouffre dans des sauteries diaboliquement puériles, un certain Lee Doo-yong invitait son public à voyager dans les recoins oubliés d’une Corée du Sud en crise. Ici, point de serial killer à chaque rond point, mais une peinture profondément désespérée du pays du matin calme.

Ce film, c’est The Last Witness. Et en ouverture, le cinéaste nous prévient ;

L’année 1980 marque l’établissement d’un nouveau système dissipant les vieux démons du pays. Je veux parler franchement de la vérité et des mensonges du passé via un inspecteur s’étant dévoué à protéger l’humanité. L’histoire comme les scènes sont noires.

J’espère qu’une telle noirceur disparaitra au cours des années 80.

C’est donc l’histoire d’un inspecteur qui hérite officieusement d’une étrange affaire de meurtre. Complètement seul, il se lance dans un véritable jeu de piste qui l’amènera progressivement à retracer l’Histoire de la Corée du Sud depuis la Guerre de Corée. À travers ses rencontres, il découvre l’une des tragédies de son pays, mettant en évidence une corruption, un opportunisme et un mépris de l’individu. Touchant aussi bien les institutions que les différentes classes sociales.

Naviguant dans une société en pleine transformation, cet inspecteur assiste à la désertion des campagnes (dont les paysages sont magnifiquement filmés en scope), avec ces paysans quittant ce microcosme passéiste pour s’enfermer dans les zones urbaines aliénantes et étouffantes. À devoir accepter les pires boulots possibles pour survivre. Ou simplement échapper à des tabous et des secrets trop lourds à porter.

La fuite, le mensonge, la désillusion… Autant dire que ce voyage mettra à l’épreuve l’humanisme d’un inspecteur qui finit par être seul contre tous (une solitude visuellement imprimée à l’écran). Seul à vouloir aider des âmes perdues dans une tragédie sans fin. Seul à vouloir connaître la vérité. Seul à contempler un passé qu’une société aimerait bien oublier, plutôt que de s’y confronter.

À côté de quelques pertes de rythme ou d’une post-synchro parfois bizarre, The Last Witness est surtout une virée pessimiste et tragique au coeur d’un pays encore instable. En extrait ci-contre, le hasard d’une rencontre dans un train, avec une mise en scène insistant sur l’étouffement tout en jouant sur les nombreuses intrusions dans le cadre. Qui annoncent que Seoul ne sera en rien un paradis. Tant pour l’inconnu que pour l’inspecteur, cette ville imposera elle-aussi son fardeau à porter.



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