L’échec des adaptations live japonaises

L’un des points noirs habituels des adaptations, ce n’est pas le travail de réécriture, ou de charcutage d’une histoire. Ce n’est pas d’essayer de faire tenir un récit de 1000 pages en 1h30. Non, c’est surtout d’oublier de penser une histoire sous l’angle dit transmédia.

L’ÈRE DU PORTAGE

L’industrie du cinéma japonais repose sur un modèle cross-média (aussi appelé média-mix). Où il s’agit de porter un manga en série anime, ou en film, ou en produit… Tout en proposant à chaque fois, la même histoire à quelques nuances près. Par exemple, vous avez lu la version papier de Gantz, vous avez profité de la série anime et désormais, les versions live s’offrent à vous. Une triple redécouverte qui peut vite s’avérer très frustrante.

D’ailleurs, continuons sur Gantz, avec une comparaison entre une planche manga & la série anime pour mettre en lumière les différences dans la narration entre ces 2 supports. Évidemment, dans les 2 cas l’idée est identique : affirmer la division du nouveau groupe avant une mission (celle des Bouddhas).

Du côté du manga, la division passe par la fragmentation des cases en 3 temps, pour se terminer sur des bandes étroites où le binoclard conserve une position centrale tandis que Kato, qui se voulait leader, est relégué sur les côtés (avec un visage en pleine décomposition).

Tandis que dans l’anime, la division s’affiche par un contre point (de vue) des rapports de force. Kato et sa bande sont écrasés contre le mur, face à un binoclard révélant son importance au détour d’un plan subjectif (autrement dit, l’anime part du principe que *nous* sommes avec Kato & co). À savoir que ce plan n’est pas contre balancé par le point de vue du binoclard – sous-entendant la perte d’influence d’un Kato sur ceux en train de prier au fond.

Et le film live ? Impossible de savoir, ce dialogue n’existe pas (en raison d’une intrigue simplifiée).

Ces adaptations effleurent à peine les possibilités narratives de chaque médium : le langage d’un manga n’est pas le même qu’une série anime, et encore moins qu’une version cinéma. Et puisque la manière de raconter une histoire est différente, que l’expérience présentée aux lecteurs/spectateurs est elle aussi différente, alors pourquoi l’histoire doit rester identique ?

UNE HISTOIRE SANS FIN

D’où l’intérêt d’une approche transmédia, qui cherche à développer un récit/sa mythologie/thématique adapté aux possibilités d’un support d’accueil. Plutôt que de proposer de simples relectures d’une histoire sur différents médias (et de prendre les lecteurs/spectateurs pour des vaches à lait). En fait, sortir de l’idée qu’une histoire possède un début, un milieu et une fin. Une durée de vie limitée.

Se confortant aujourd’hui dans un modèle fermé, où il suffit de copier/coller le moindre succès manga sur d’autres plateformes, la production japonaise a pourtant engendré quelques surprises. Dans les années 60/70, c’est ainsi qu’un certain Leiji Matsumoto supervise les adaptations de Galaxy Express 999 selon une approche…. transmédia.

D’AUTRES PISTES

Pour aller plus loin, narrativement parlant, les jeux vidéo/mangas/films anime/films live se sont influencés entre eux. En 1998, Hideo Kojima définissait ça comme une « fusion moléculaire ». Et l’un des meilleurs exemples, c’est Matrix Reloaded où basiquement, chaque plan est le résultat direct de cette « fusion moléculaire ». Parce qu’il y est désormais impossible de déterminer la véritable source de la plupart des plans dans ce film. Autrement dit, différentes types de narration se sont unifiées.

(aujourd’hui, c’est même devenu un peu plus (faussement) compliqué depuis l’apparition du « cinéma virtuel ». Combien de spectateur ont réalisé que Neytiri d’Avatar est jouée par une actrice, qu’elle n’est pas du tout un produit d’animateur(s) ? Reste à se préparer pour Tintin !)

Sources : Digital Media, Ryuganji
MAJ 10/08/2011, titres §, modif’ titre/image




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10 Commentaires

  1. maxabitol dit :

    Alors,ne pensons surtout pas à Akira car ça mérite son WTF total , car avoir un PG-13 et surement Zac Efron et Daniel Radicliff . là on ne pourra pas faire mieux que Dragon Ball Evolution

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  2. jonas dit :

    D’un autre coté toutes les adaptations ne sont pas des échecs !
    Mushishi de Otomo Katsuhiro est sympa à regarder, même chose pour Cutey Honey ou encore Yattaman.

    Du coté des ricains, Speed Racer est aussi très bon. Et si on ne se limite pas qu’au manga, les adaptations marvel et DC sont quand même cool.

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  3. meganekun dit :

    Article intéressant. Surtout que j’ai toujours un petit faible pour ces adaptations live totalement dispensables (et parfois catastrophiques).

    Une petite exception récente qui vient contredire ton approche cependant : My Darling Is A Foreigner. Une oeuvre traitée véritablement en ‘transmédia’ et dont le long-métrage propose quelque chose de différent du manga original (mais le format même du manga empêchait toute transposition ‘tel quel’ de toute façon). D’une sympathique série sur les différences culturelles et les subtilités de la langue japonaise, ‘My Darling Is A Foreigner’ est ainsi devenu un chant d’amour et de paix poussant les japonaises à s’adonner au coït avec des étrangers. Pas le film de l’année loin de là mais avec un tel discours on ne va pas cracher dans la soupe hein?

    Mais pour moi, le fond du problème reste souvent dans la difficulté à compresser 1000 pages en 1h30. Impossible de retranscrire la densité du récit original et au final ni les nouveaux-venus ni les fans de la série en question ne sont satisfaits. A part au Japon où la plupart des ‘gros’ films adaptés de licences solides marchent quand même assez bien au box-office pour la plupart (j’avance ça sans aucun chiffre, notez bien).

    Quand au commentaire de Maxabitol plus haut (wesh rapeman!), je crois qu’il ne faut pas confondre les adaptations live japonaises et américaines. Les premières sont insipides et ennuyeuses tandis que les secondes sont surtout de gros nanars.
    Ca fait mal aux fesses quand ils touchent à une licence qui tient à coeur mais sinon quel pied de se marrer devant de tels bouses!
    Après c’est sûr qu’Akira il ne fallait pas toucher du tout. Impossible de proposer ‘mieux’ que l’oeuvre originale. Et ceci avec n’importe quel casting ou réalisateur.

    Mais d’ailleurs ce casting, rumeurs ou réalité?

    Meganekun, loquace.

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  4. wam dit :

    >> (j’avance ça sans aucun chiffre, notez bien).

    À titre de comparaison, ‘Gantz’ vient d’accumuler 26millions$ en 3 semaines d’exploitation quand l’Outrage de Kitano finissait sa carrière cinéma à un peu plus de 7millions$, et ‘My Darling is a Foreigner’ à 6millions$.

    Et précédemment, la trilogie ’20th Century Boys’ a ramassé près de 131millions$.

    (ton honneur est sauf !)

    >> Mais d’ailleurs ce casting, rumeurs ou réalité?

    Sur Internet, les nuances n’existent pas : ça commence par « nous avons la confirmation exclusive que James Franco est en pleine négociation pour le rôle titre » pour en arriver à « c’est confirmé en exclusivité, Franco sera Kaneda ! » (gné ?).

    Les seules informations sûres et certaines en ce 19 Février 2011, c’est que le projet live ‘Akira’ est entre les mains des réalisateurs de ‘Menace II Society’, que le scénariste des films ‘Harry Potter’ doit livrer une nouvelle version du script, que le casting n’est toujours pas déterminé, et que si tout va bien, le film rentre en production dès l’été 2011. Tout ça, c’est confirmé (mais pas assez exclusif et sûr pour générer un effet d’annonce partout sur le net).

    En dehors du principe critiquable d’une adaptation d’Akira, il faudra encore attendre un peu pour connaître l’orientation véritable du projet, et les choix de réalisation des auteurs du ‘Livre d’Eli’ . Qui loin d’être des manchots, savent aussi appuyer avec intelligence sur des thématiques qui fâchent. À première vue, ils ont les idées, et la technique pour éviter de retomber dans les travers d’un ‘From Hell’.

    >> Du coté des ricains, Speed Racer est aussi très bon.

    En même temps derrière, il y a les frères Wachowskis (ce qui explique un peu tout ça)

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  5. Rock dit :

     » Et l’un des meilleurs exemples, c’est Matrix Reloaded où basiquement, chaque plan est le résultat direct de cette « fusion moléculaire ». Parce qu’il y est désormais impossible de déterminer la véritable source de la plupart des plans dans ce film. Autrement dit, différentes types de narration se sont unifiées. »

    Comment est il possible de résumer d’une façon si simpliste et débile quelque chose d’aussi compliqué ? On finirait par croire que tu ne répète que les mots de Djoumi sans les comprendre (et ce qu’il dit est déjà largement trop simple)…

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  6. wam dit :

    Alors dans la mesure où tu te contentes d’affirmer la simplicité débile du propos sans jamais développer, tu me permets de penser que le lecteur un peu curieux aura bien mieux fait d’aller (re)lire l’article en question (celui-là donc) afin d’y trouver une réponse développée. Puisqu’il s’agit, à ma connaissance, du seul article francophone sur le sujet.

    « La fusion entre film et jeu vidéo est souvent comparée à celle de l’eau avec l’huile. Des éléments qui ne se mélangent jamais [...] Néanmoins, grâce à des outils numériques, il est possible d’unifier l’eau et l’huile au niveau moléculaire. Ceci pourrait bien être l’une des grandes avancées du médium vidéo-ludique » – Hideo Kojima, visionnaire simpliste et débile, 1998.

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  7. Rock dit :

    L’article (moyen) de Rafik Djoumi est très loin d’être le seul en français sur le sujet, et dans le pire des cas, il vaut mieux aller vers les écrits des américains, qui sont quelque chose comme 4 milliard de fois plus intéressants.

    Pour la citation de Hideo Kojima, elle dit juste un fait, sans la moindre explication. Loin de moi l’idée de dénigrer son travail que je considère comme brillant, mais tu cites juste un gros enfonçage de porte ouverte. Je ne vois donc aucun intérêt à cette citation, en dehors de la volonté d’éviter le problème à l’origine de ton article, qui est un copié/collé simpliste qui affirme des choses sans le moindre début d’explication.
    Et je ne vois pas pourquoi je développerai quoi que ce soit. Ton article parle de lui-même, et en aucun cas je devrais parler de la question que tu ne fais qu’à peine effleurer (et encore, je suis gentil) à ta place. Et je ne suis pas sur que ça te plairait qu’un commentaire se permette d’être plus intéressant que ce misérable article.
    C’est très bien de vouloir parler de tel ou tel sujet, c’est encore mieux si on a quelque chose à dire dessus. Sinon, y’a les forums si on a envie de parler pour ne rien dire.

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  8. Martin dit :

    J’entend pas mal de retours sur Deadly Premonition, un jeu apparement étrange. Moche, peu jouable, mais à la narration (involontairement?) vraiment innovante. J’avoue que les jeux de Kojima m’emmerdent royalement, et que matter de la cinématique en posant ma manette n’est pas franchement ce que j’attends d’une experience narrative interactive (ni même des trucs à la Heavy Rain, ou scripted-action à la Call of Duty). Les experiences indés à la « Passage » ou « One Chance » sont interressantes mais reste très embryonaires. Des avis sur ce jeu?

    « This is why I say that Deadly Premonition is the only video game that’s worth a damn — because it’s actually making a new use of the medium (and I would argue the first really good use). A collaborative, interactive narrative experience, something told between the designer and the player. It’s doing something impossible to do in any other medium that I can think of » (via)

    —–

    je vais surement me reprendre une généreuse poignée de thumb-down dans les dents, mais voici un recueil de liens en relation avec les spécificités de l’oeuvre video-ludique sus-mentionnée, notamment son jeu sur les points de vue et la relation joueur/avatar et la façon d’aborder l’expérience narrative, le jeu s’inspirant/adaptant apparemment pas mal de Lynch (voir la partie Articles & Analysis).

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  9. jhudson dit :

    Vous oubliez aussi une chose,les films adaptés de mangas et d’ animations sont aussi trés édulcoré,enlevant toute saveur de l’œuvre d’origine, GANTZ n’est pas tout public a l’origine,avec des chanteuses et chanteurs du moment qui se révèlent rarement être de trés bon acteurs

    C’est du cinema bassement commercial,pire que le cinema Us qui ne va pas chercher des chanteurs qui ne savent pas jouer,pour juste les mettre au générique

    ON TOUCHE LE FOND!

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  10. Anonyme dit :

    Peut être faut il voir les chose autrement … En politique, il n’est pas nécessaire de séduire sa base électoral, il faut conquérir de nouveaux électeurs …

    De ce faite les adaptation/remake déçoivent souvent les fans (sans que ceux-ci n’abandonnent l’intérêt qu’ils porte a l’original), elles sont surtout faite pour conquérir de nouveaux marché…

    Quand a la forme de la narration, il me semble évident (opinion perso), qu’elle ne peut prendre la même forme selon le média: Livre, BD, animé, film ou jeux sont souvent autant d’oeuvre différentes reposant sur le même univers, mais qui ne respectent pas souvent l’histoire de base…

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