L’alternatif au pays du moe

En marge d’une production mainstream aux envolées parasitaires, l’animation japonaise dispose d’un vivier d’animateurs indépendants au style original flirtant avec l’expérimental. Loin de contenter une audience (?), de la faire réagir à de l’insignifiant pensé comme tel, ces indépendants parfois couronnés artistes (…) remettent en avant un propos critique parsemé d’idées visuelles à découvrir. Bienvenue dans l’alternatif.

Commencons avec Anima de Kazuhiro Hotchi (site officiel), une impressionnante danse rythmée au piano dont l’idée centrale est la représentation de la condition humaine. Traduire donc le plus simplement possible les multiples expressions humaines par les mouvements du corps. Dans une certaine mesure, avec un ton moins tragique mais plus accessible, ça me rappelle le Dimension Bomb de Koji Morimoto (l’importance d’un rythme, musical comme corporel, pour une expérience originale).

Par le même réalisateur, un petit clip sur Ryoma Sakamoto, une figure historique honorée en 2010 par la chaîne NHK, alors en pleine promotion pour sa série historique annuelle (d’où cet appel à plusieurs jeunes talents). En 30 secondes, Hotchi retrace les principales étapes d’un Sakamoto qui participera à mettre fin à la féodalité pour faire entrer le Japon dans la modernité (un récit passionnant au passage). Remarquez qu’il part de la rare photo existante du bonhomme pour mieux l’animer. Belle note d’intention ?

Place à Kei Oyama et son fameux Hand Soap à la texture forcément originale puisqu’il s’agit ni plus ni moins de la peau du réalisateur. Ce qui aurait pour conséquence d’apporter une sensation d’étouffement à la vision de ce court porté sur le passage à l’âge adulte d’un adolescent nippon. Quelques images sont visibles dans cette bande-annonce (à partir de 0:40 sec), l’occasion de se faire une petite idée de la patte (malsaine ?) d’Oyama.

À savoir qu’Oyama est l’un des fondateurs du label CALF visant à démocratiser la distribution (DVD) de l’animation indépendante japonaise. À ses côtés, on retrouve entre autres Atsushi Wada, dont voici le court Day of Nose. Dans une tendance absurde, alignant en toute sobriété des images métaphoriques, Wada livre une vision acide du salaryman nippon. Figure remplaçable et impersonnelle au possible.

Autre fondateur de CALF, Mirai Mizue avec pour exemple de son JAM. Vu le titre, pas étonnant de voir le réalisateur jouer la saturation sur tous les plans. Tant visuellement, par ces différentes couches en mouvements-cycles, avec des couleurs variables, qu’au niveau auditif avec la musique. Le rendu devient rapidement hypnotique (d’autres vidéos sur son compte officiel).

Tochka, collectif japonais, s’est fait connaître avec Pika Pika. Où comment utiliser le light painting comme une base de l’animation image par image. Et l’idée est tellement simple que Tochka l’utilise pour enseigner les principes de ce genre d’animation à des néophytes.

Plongeons maintenant dans l’imaginaire poétique d’Akino Kondoh (site officiel) avec son Requiem des coccinelles (dans sa version courte), au graphisme épuré et à la musique envoutante signalant la parade fantasmée d’une horde d’insectes rouge orangés. De quoi contraster avec un univers gris/noir/blanc. Les curieux pourront aussi jeter un oeil sur l’un de ses mangas, disponible en français (cool).

Finissons en beauté avec l’une des grandes influences de cette “nouvelle” génération d’animateurs indépendants, Koji Yamamura (site officiel), largement récompensé dans de nombreux festivals depuis plus de 2 décennies. Découvrez ici son court Mont Chef, une histoire amusante et bien pensée sur ces comportements japonais pesant littéralement sur la tête des individus. Techniquement superbe, mention spéciale au narrateur.

Et si l’animation mainstream est entrée depuis 2007 dans une phase économiquement difficile, la plupart des animateurs indépendants soulignent quant à eux la dynamique de leur secteur, sachant que tous n’arrivent pas à vivre de leurs projets (tout en profitant de la visibilité offerte par Internet, certains uploadent eux-mêmes leurs oeuvres sur Youtube/Viméo).

Les plus aventureux & anglophones d’entre vous pourront aller creuser cette série de liens ;

# Nishikata Eiga est un immanquable pour suivre l’actualité de l’animation japonaise indépendante. Par exemple, vous y trouverez un top 2010 des courts à découvrir, ou encore une entrevue avec l’artiste Akino Kondoh, et même des critiques des (rares) sorties vidéo du domaine (ici, les oeuvres de Tochka) !

# Qui est donc Kei Oyama, animateur organique ? Un début de réponse avec cet interview.

# Internet, c’est sympa, mais de nombreux courts restent encore inédits, en ligne. Hé oui, il y a toujours moyen de se tourner vers le label CALF qui ambitionne seulement de rendre visible des talents par des éditions DVD english-friendly (lire l’itw). Et la boutique, c’est par là !

# L’un des rares portraits en français consacré à Koji Yamamura. Ailleurs, un topic regroupant plusieurs courts indépendants histoire de vous donner quelques pistes supplémentaires.

# (MAJ) D’ailleurs, voici une sélection intéressante de courts, accompagnée par des petites présentations qui fourmillent d’idées, d’interprétations pertinentes afin de mieux capter certains détails.



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