(Critique) Tetsuo The Bullet Man de Shinya Tsukamoto

// Blogathon Spécial Cinéma Japonais
L’ombre de Tsukamoto à la conquête du monde ?
Un américain installé à Tokyo perd son fils dans un accident de voiture. Cette tragédie réveille quelque chose d’étrange & d’inconnu en lui…
Shinya Tsukamoto nous avait laissé sur un instant poétique avec son Nightmare Detective 2, dans lequel il revisitait les codes de la j-horreur tout en explorant la puissance du rêve/imaginaire. Surprise donc de retrouver le cinéaste aux commandes de ce troisième (et ultime ?) volet de Tetsuo, censé viser le public américain – du moins international. Un projet qui traînait dans les cartons depuis plus de 15 ans, parfois rattaché à certains noms prestigieux (Tarantino) et qui finalement, aurait peut-être mieux fait de rester à l’état de projet fantasmé.
Avec l’idée d’exportation, Tetsuo The Bullet Man est le premier film tourné entièrement en anglais par Tsukamoto, avec un casting croisant acteurs expatriés & locaux. Pour un jeu en demi-teinte où le cabotinage est roi, flirtant très souvent avec le grotesque. Une tonalité décalée en accord avec le reste d’un film parodiant le Tetsuo original à défaut de le porter à l’ère numérique. Où le cinéaste se contente de répéter une cadence visuellement clipesque accompagnée par une caméra surexcitée à chaque fois qu’il veut refleter la furie chaotique de son perso principal.
Cette répétition d’effets est d’autant plus ringarde qu’elle a été très rapidement intégré et popularisé par le monde de la publicité & des clips musicaux au début des années 90 (génération MTV). Tsukamoto s’adresse plus que jamais à un public qui a baigné dans ces effets, et le réalisateur ne cherche jamais à amener quoique ce soit de nouveau ou d’intéressant à cette “culture”. C’est juste fatiguant, et ridicule.
L’histoire du film confirme aussi cette volonté de prendre soigneusement le public par la main via une suite d’explications lourdes. L’idée étant de présenter une mythologie Tetsuo en apportant une justification à la transformation du personnage, à base d’expériences secrètes & d’une tragédie familiale.
Au lieu de creuser l’aspect expérimental du film, de nous proposer une véritable nouvelle expérience avec la technologie numérique, Tsukamoto s’enferme dans une histoire plombée par des envolées grotesques vieillottes, sans intérêt, sans émotion… alors que le coeur du film est quand même une tragédie.
Heureusement, la mise en scène insipide et la direction d’acteurs à la ramasse profitent d’une ambiance sonore hallucinante qui sauve le film de la grosse farce. Ce nouveau Tetsuo existe avant tout grâce la bande son (merci Trent Reznor) avec une véritable atmosphère métallique qui imprègne littéralement le corps du perso. Qui rend la transformation crédible (la voix, le maquillage…).
Tetsuo The Bullet Man ressemble au rendez-vous manqué d’un cinéaste préférant proposer un Tetsuo pour les nuls peu inspiré plutôt que de revenir aux fondamentaux de l’oeuvre, à savoir l’experimentation. En fait, c’est un non-évènement.
- La note : 1/10










> la bande son (merci Trent Reznor)
Trent Reznor n’y est pour rien : la bande son est, comme toujours, de Chu Ishikawa et le montage sonore de Shinichi Kawahara.
Reznor a uniquement fourni le générique de fin (qui par ailleurs colle assez mal avec l’univers musical de Tetsuo, en particulier dans ses percussions).
Merci pour la correction (j’ai du social network encore plein la tête)
[...] attendant de connaître son prochain projet, de quoi mettre de côté son décevant Tetsuo The Bullet Man, voilà que Shinya Tsukamoto a concrétisé une petite idée sympa. Dans la continuité de son [...]