(Critique) Dream Home d’Edmond Pang

Vision sanglante teintée d’ironie du Rêve Hong Kongais.

Rêvant d’un appartement avec vue sur mer, une jeune femme cumule 2 petits boulots plus un extra. Mais pour pallier à ses difficultés financières, elle décide de prendre des mesures concrètes…

Si vous ne le saviez pas encore, Edmond Pang est l’une des figures immanquables du cinéma hong-kongais actuel. S’amusant des contradictions de ses compatriotes (Trivial Matters), il provoque les interdits au détour d’un genre jugé inoffensif (comédie romantique dans Love in a Puff) ou transforme un thriller en fable existentialiste mâtinée d’absurdité et d’humour noir (Exodus). Un cinéaste à l’oeil vif possédant un sens de la repartie, de l’intimité.

Dream Home, c’est la rencontre entre slasher, drame et constat social, traduisant la violence du désespoir de ces oubliés baignant dans l’illusion d’une meilleure vie. Le film porte un regard très crû sur Hong Kong, de la période d’avant-rétrocession jusqu’à 2007. Montrant par petite touche tout un tas de sujets critiques ; le mépris des propriétaires terrorisant les habitants pour les chasser, les chantiers d’immeuble tuant à petit-feu les ouvriers, les arnaques d’emprunts bancaires…

À côté du monde immobilier et financier, Dream Home dresse surtout un portrait limite glauque des hong-kongais, car jamais satisfaits de ce qu’ils ont, jamais respectueux entre eux. On croisera donc des hommes d’affaire trompant leurs femmes, un couple exploitant une femme de ménage philippines, des jeunes achetant du bonheur… Mais surtout, le personnage principal.

En fait, le récit suit une soirée sanglante interrompue par des flash-backs venant expliquer les raisons de l’action d’une jeune femme incapable de s’extraire d’un rêve obsessionnel. Si ces explications permettent de mieux définir les contradictions du personnage, elles sont surtout lourdement appuyés par des répétitions venant casser le rythme du film, sans pour autant apporter un peu d’humanité. Ce qui diminue la portée tragico-absurde de l’histoire.

Reste une réalisation soignée, assez efficace lors des phases de construction du drame à venir. La précieuse vue sur mer tant recherchée ne sera quasiment jamais montrée autrement que comme un simple reflet dans les fenêtres. De même, l’obsession du logement parfait de la jeune femme se traduit par son double enfermement dans le cadre, derrière des fenêtres, entre des murs… Allant aussi de pair avec sa progressive solitude.

Petite déception après l’excellent Love in a Puff, Dream Home ose mélanger différents genres & tons pour un spectacle parfois lourd, mais sympa à regarder. Avec quelques scènes hardcore (en particulier le coup de la femme enceinte, erk).

À noter que le film possède 2 versions différents, le director’s cut et la version censurée avec environ 30 secondes coupées. En complément, lire cet entretien avec Josie Ho, l’actrice/productrice du film.

  • La note : 6/10
    Sortie française DVD/Blu-ray : 5 Avril 2011




Si vous aimez cet article, recevez les mises à jour

Laisser un commentaire

QU'EN PENSEZ-VOUS ?