Coup d’oeil sur Les Trois Royaumes

Lors de la sortie française des Trois Royaumes (dans une version courte, ceci n’aidant pas), certaines critiques voyaient en John Woo un propagandiste doublé d’un stupide faiseur d’un “gros film d’action”. Laissons aux âmes errantes le bonheur d’une grille de lecture confortable où ciné chinois rime avec propagande, pour se concentrer sur la partie action. Woo est peut-être naïf, mais très loin d’être stupide.

Quand John Woo adapte La Falaise Rouge, il s’attaque à l’un des grands monuments historico-littéraire chinois. Pour arriver à raconter ce récit épique en 5 heures, Woo devra faire preuve à la fois d’une rigueur dans l’écriture du scénario et de sa réalisation. En fait, chaque minute doit servir la narration.

Par exemple, la scène suivante permet de présenter l’un des personnages principaux à travers une action parfaitement fluide, tant au niveau des enjeux que du spectacle. À l’heure où certaines grosses productions chient de la scène d’action pour justifier un budget à défaut de raconter une histoire, John Woo reste attaché aux valeurs sûres du cinéma.

Dès les 1ers plans, Woo détermine le lieu de l’action, un plan d’ensemble nous présente donc un village en feu et à sang, l’oeuvre de bandits violents qui tueront femmes & gardes. Au coeur des plans, une courtisane portant un bébé. Le danger vient de prendre forme (les bandits) et la tension est montée d’un cran (les meurtres).

Un peu plus tard, Woo renforcera les repères visuels de l’action (la tour, le puit, la baraque en feu – zones colorées sur les screens), qui nous permettent d’avoir en tête un plan virtuel de la scène. De pouvoir suivre le combat sans être perdu entre les nombreux angles/coupes.

Avec la succession de gros plans d’une lance, d’un cheval au galop… Woo semble indiquer la mort de la femme et du bébé. En fait, il révèlera notre deus ex machina matérialisée par notre héros à la cape blanche venu tuer du bandit. D’ailleurs, vous remarquez la fluidité d’un montage basé sur de nombreux raccords mouvements, où comment utiliser un geste pour donner l’illusion d’une continuité sans coupe… et renforcer l’impression de puissance du personnage (regardez attentivement la vidéo pour remarquer certaines coupes, c’est quasi-subliminal).

5 minutes plus tôt, nous n’avions aucune idée de qui était le personnage. Désormais nous savons qu’il s’agit d’un noble guerrier prêt à risquer sa vie pour sauver femmes & orphelins, capable de défaire à lui seul une troupe de bandits.

En fait, cette scène possède une triple valeur. Parallèlement, une bataille est sur le point de commencer. C’est-à-dire que ce sauvetage permet de donner une ampleur émotionnelle/humaine (héroïsme, sacrifice, bébé) aux combats, tout en réaffirmant clairement la différence entre les ‘clans’ (le tyran face aux justes).

En résumé, John Woo se concentre sur des émotions simples pour guider naturellement le spectateur à travers un récit pourtant complexe (enjeux, personnages, environnements…). Et certains spectateurs auront tellement bien assimilés les infos du récit que lors des avis, ils en arriveront à critiquer tout sans se demander un seul instant par quel miracle ils ont réussi à comprendre les infos du récit. C’est là le talent d’un grand conteur comme Woo.




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