Table Ronde : Le cinéma coréen


Diffusée sur France Culture, cette table ronde offre un aperçu général du cinéma coréen. J’ai uniquement conservé ici les passages portant le cinéma, vu qu’une grande partie de la discussion porte sur le contexte politico-socio-historique de la Corée. Voilà ce qui s’est dit :

Histoire du cinéma coréen
Les premières traces du cinéma coréen, c’est 1898-1900 avec des opérateurs de Pathé venus diffuser des films pour montrer l’invention du cinéma. En 1906, apparition des ‘byeonsa’, des narrateurs-commentateurs coréens qui commentent les films (étrangers). À cette époque, la Corée est sous Occupation Japonaise, les premiers films coréens sont donc produits par les japonais avec des équipes constituées de coréens & japonais (le 1er film coréen est un film de propagande sur les vertues de l’épargne). Mais c’est avec Arirang en 1926 que naît le cinéma coréen, le film est aujourd’hui disparu, il reste quelques images. Et si l’on en croit la légende, à la fin du film, le public se levait pour chanter la chanson populaire du même nom. Avec la guerre, tous les films disparaissent. Dans les années 50, c’est l’Âge d’Or des studios, ce sont les plus grand d’Asie, il y a une production à la chaîne. Le cinéma coréen du sud va exister puissamment avant de disparaître, étouffé par la dictature. Avec les années 80, il y a le projet d’une grande nation, faire du cinéma coréen un grand cinéma. Aujourd’hui, les films récompensés à l’international sont le résultat de ce projet politique.

Par rapport au cinéma nord coréen
Le cinéma coréen du sud va s’autonomiser par rapport à la littérature. Les cinéastes vont commencer à écrire leurs histoires, à devenir de vrais auteurs. Alors qu’en parallèle, le cinéma coréen du nord va connaître une ‘réemergence’ en épousant la littérature. Depuis la fin des années 90, le leader Nord Coréen reprend en main la culture pour imposer une nouvelle ligne de conduite. Dans la littérature et le cinéma, il faudra moins parler du leader, et changer le type de personnage servant de modèle. Fini les grandes épopées héroïques avec des soldats et des ouvriers, aujourd’hui, le modèle est un technicien, un ingénieur qui par son travail intellectuel va développer le pays. Ce ‘type’ est souvent victime de l’incompréhension de son entourage : ses enfants se plaignent d’être ignorés, son conjoint se plaint d’un décalage dans l’échelle sociale… Les problèmes ce sont donc les décalages qui se créent dans cette société, les nouveaux rapports de classe sont les principaux obstacles. La ligne politique du régime n’est plus en cause.

Le cinéma Nord Coréen s’est construit avec l’aide des Soviétiques, qui sont venus donner des cours de cinéma. Au niveau contemporain, on constate une différence technique frappante. Les films ressemblent à la production occidentale des années 70 (dans les partis pris techniques, le grain….).

D’après les rapports réguliers de la CIA, en Corée du Nord, tout va mal, sauf les installations de cinéma. L’esthétique est ‘sépia’, mais pas uniquement pour des raisons d’incapacités techniques. C’est aussi une forme qui renvoie à une Corée idéale se superposant à la Corée d’aujourd’hui. Le matériel pour des films modernes existent dans les studios, mais on ne voit pas ces films. C’est aussi à Pyongyang (la capitale) qu’on trouve les sous-traitants employés par l’Industrie de l’animation japonaise (un véritable problème).

Une ‘Movida’ au Sud
Le processus de démocratisation de la société a produit des effets similaires en Espagne, un pays qui s’ouvre sur le monde, va traduire & importer la littérature/cinéma mondial pour engendrer une Movida. Dans les années 90, la nouvelle génération va livrer un cinéma totalement libéré des contraintes politiques, souvent très violent, très sexuel. Puis à partir de 2000, le cinéma va se standardiser, avec beaucoup de comédies, du pur divertissement. Cette ‘Movida’ va durer jusqu’en 2001 et se poursuivra chez les indépendants (qui tournent en DV, hors du système). Mais la reconstruction économique va sacrifier certains cinéastes comme Jang Sun-woo connu pour ses brûlots sexuels. Aujourd’hui, ce dernier semble avoir arrêté le cinéma, il tient un bar.

Le cinéma coréen a été protégé par un système règlementé par l’idée de la ‘grande nation’. Dans les années 90, l’Occident importe les films des cinéastes chinois de la 5ème génération & cinéastes iraniens. Les Coréens souhaitent profiter de cette tendance, ils installent un système de quota (diffusion exclusive de films coréens pendant un certain nombre de jours/an), et lancent des concours de scénarios. C’est par exemple en gagnant un de ces concours qu’un cinéaste comme Kim Ki-Duk qui n’a aucune formation académique a pu exister. L’idée, c’était de choisir les cinéastes pour représenter la Corée du Sud à l’étranger. Autre exemple, le making-of de La Vierge mise à nu par ses prétendants, se termine en disant que Hong Sang-soo représente la Corée du Sud à Cannes.

La Corée du Sud est un des premiers pays à développer du cinéma pour Internet, avec les courts-métrages ou l’animation. Car il est très compliqué d’accéder aux grands écrans. Par ailleurs, la production du net est très créative. Côté cinéma, on constate aussi une richesse thématique avec des films comme Himalaya, Bandhobi, Never Forever qui abordent des rencontres entre coréens & étrangers. La division du pays n’est pas l’unique thème visible.

Les femmes au cinéma
Comme partout à travers le monde, le cinéma n’est pas un domaine artistique facile pour les réalisatrices. Dans l’industrie du cinéma coréen, il y a beaucoup de femmes. C’est aussi un pays où les actrices ont des rôles très intéressants (voir Mother, Breathless…). À côté, il existe un festival de film féministre à Séoul et beaucoup de documentaristes sont des femmes.

Les films coréens sont violents
L’ouverture rapide et totale d’un climat politique a permis à la violence de s’exprimer librement. Dans les années 80, cette violence s’exprimait via les femmes, avec des viols. À travers la violence physique, c’est l’expression d’une energie, d’un rythme qui caractérise le cinéma moderne. Par contre, c’est totalement différent au niveau du cinéma indépendant.

Pour toucher le public coréen (dont les habitudes changent rapidement, qui est oppressé par son travail…), il faut qu’un film passe par une expression très forte que ce soit par la violence, par la sensualité et même par le comique absurde. Dans le cas des comédies absurdes à l’extrême, il n’y a pas de ligne de conduite, c’est un cinéma très difficile à importer en France. Tout comme les films romantiques, il y a une différence de mentalité. Il reste les films violents, à savoir que la violence n’est pas une finalité, elle permet d’exprimer quelque chose de plus profond. La narration coréenne traditionnelle se construit sur un mode action/relâche, le comique permettant au public de se relâcher, pour ensuite aller encore plus loin dans la violence.

Le haut du panier en France ?
Les films coréens qui sortent au cinéma en France sont d’une très grande qualité, mais ce ne sont pas les seuls bons films coréens, pour preuve certains films présentés dans des festivals français.

Pour aller plus loin, régalez vous avec ce dossier en 2 parties consacré au cinéma coréen du sud sous la dictature. Par rapport aux tendances de ces dernières années, checkez cet article. Et bien sûr, profitez-en pour écouter le podcast de la table ronde (c’est parfois un peu pompeux, mais riche en infos sur le contexte coréen).

Merci à Valeuf



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