Les problèmes de l’animation japonaise


Si par ici on commence à bien connaître les problèmes de l’industrie du cinéma jap, la face sombre de l’industrie de l’animation conserve encore ses mystères… Ou presque, vu que Dai Sato, scénariste de Cowboy Bebop, a osé partager ses craintes sur l’état-l’avenir de cette industrie.

  • La sous-traitance

Le scénariste déclare que l’industrie japonaise n’est plus capable de “faire ses propres animes” car dépendante de ses sous-traitants pour les images intermediaires de l’animation. Et comme la plupart du temps, ces sous-traitants ne savent même pas sur quoi ils travaillent, le résultat perd en cohérence. D’après Sato, ce procédé a commencé avec Macross, série disposant “d’une horrible continuité entre les images”, mais l’industrie “continue de faire la même chose depuis cette époque”.

Il va même jusqu’à accuser les gens de l’industrie de refuser d’enseigner aux sous-traitants asiatiques certaines techniques ou des façons de développer une histoire sous pretexte que ça pourrait bousculer la position dominante du Japon en tant que producteur d’anime. Les non-japonais sont réduits à accomplir des tâches mécaniques, sans s’investir du tout dans le travail. Pour Sato, c’est vraiment l’un des grands problèmes sous-jacents de l’anime aujourd’hui.

  • Nivellement par le bas

Sato fait une distinction entre 2 types d’anime. Ceux qui sont classés comme “difficiles” (muzukashii-kei), comme ses propres travaux, et en face ceux du genre “tranches de vie” (kuuki-kei). Dans ces derniers, il ne se passe rien, il n’y a pas à proprement parlé d’histoire, d’enjeux, de dévelopemment. Ces animes ont tendance à se focaliser sur des personnages mignons très apprécisés des amateurs de moe. Sato dit que des gens comme lui ne trouvent pas de travaille, alors même “qu’Hollywood pille nos idées”.

Pour autant, Sato n’a rien contre ce genre d’anime comme K-On!. Ni même contre le fanservice en sachant que comme beaucoup de réalisateurs venant de l’industrie du pinku-eiga, beaucoup d’animateurs ont travaillé dans le domaine érotique (doujinshi, eroge…). Pour lui cette tendance affecte la qualité générale des anime, réduisant le vocabulaire visuel (en s’attardant sur des détails superficiels) qui s’est développé depuis les années 70.

Sato désigne un autre problème avec l’utilisation d’endroits réels, disant que “c’est une drogue pour nous” dans l’industrie de l’animation. “Ça booste le tourisme et contente les fans. Quand je vois les anime aujourd’hui, je réalise que nous avons perdu notre dignité”.

  • Réponse des fans

Sato remarque un manque de respect pour les histoires au Japon. Prenant l’exemple de Ergo Proxy, série sur laquelle il a travaillé, dont les coffrets DVDs sont sortis partout sauf au Japon. Il ajoute que beaucoup de fans ont considéré Eureka Seven comme un clone d’Evangelion, sans même regarder la série. L’histoire, le contexte et les personnages sont totalement différents, mais les fans ont préféré emettre des jugements hâtifs sur la base de quelques images où l’on voit une mystérieuse fille aux cheveux bleus & yeux rouges pilotant un mécha (la description correspond aux personnages principaux de ces 2 séries). Il se demande si les fans cherchent vraiment à creuser une série pour en parler (c’était l’une des particularités des otakus). Après tout, peu voire aucun n’ont cherché à savoir ce que les titres des épisodes signifiaient, où pourquoi un certain mecha s’appelle Devil Fish

Sato croit que les fans perdent leur compréhension du médium – la capacité à comprendre la narration, les histoires, le sens général. “Personne ne veut entendre parler des NEET” dit Sato. “Ils préfèrent regarder un groupe de lycéennes rockeuses se demandant comment jouer telle note” visant ces fans qui suradorent les animes (anime daichuki). “Si l’on cherche toujours à s’échapper de la réalité et de ses problèmes, quand est-ce que l’on y fait face ?”.

  • En résumé…

Une industrie dépendante de ses sous-traitants asiatiques pourtant méprisés, la peur de perdre la place de leader, peur des fans (2channel), l’absence de risque (fan-service donc, superficialisation) ainsi que l’absence de contenus originaux (adaptations de manga)… forment un cercle vicieux résultant sur un appauvrissement de la production anime (son vocabulaire visuel, ses sujets, ses scénaristes). Pour une industrie bien établie complètement figée qui adopte un modèle à la Akihabara, royaume du merchandising & du superficiel commercialisable, quand à la base les grands noms de l’industrie étaient des rebelles, des gens qui se battaient contre un système (Miyazaki et son passif de communiste).

Ce qui fait dire à un Sato, plutôt amer, que l’animation risque de disparaître d’ici quelques décennies au Japon. Mais gardons en tête que l’animation s’est parallèlement développée en Corée du Sud (Beautiful Girl Mari), en France (Wakfu), aux Etats-Unis (Pixar), et que le vocabulaire du médium s’est “mélangé” au cinéma. Le meilleur exemple en la matière, c’est Avatar, digne représentant d’un cinéma virtuel (ou motion-capture). Et qu’au Japon, la production d’animes “difficiles” continue, preuve récemment avec Trapèze ou encore The Tatami Galaxy.

Sources : Article original, Mata-Web, Bateszi




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3 Commentaires

  1. peyolt says:

    En complément, un résumé d’un entretien avec Yamakan (producteur de l’OAV du moment, Black★Rock Shooter, cf. vidéo plus bas) :

    • BRS marque le retour du modèle de production financé par les goodies/jouets : l’anime servant à faire vendre les produits dérivés.
    • Un anime finira toujours par atterrir sur Youtube, le marché vidéo arrive à sa fin,
    • Les sociétés de productions vidéos pourraient bientôt être remplacés par des fabricants de jouets ou mécènes comme source de financement.
    • Youtube est excellent pour les animateurs guérilla, mais ça reste difficile de monter un anime de 30 min avec une petite équipe. On a dû sous-traité pour éviter de couler. Sans argent, on crève.
    • Les gens se plaignent des mauvais salaires, mais les budgets ne peuvent pas être plus importants. Les gens des chaînes TV se font même pas d’argent !
    • La bulle de l’animation a entrainé une augmentation des équipes. Moins de séries = moins d’animateurs nécessaires, la crise est-elle vraiment surprenante ? Autrefois, les animateurs n’auraient jamais contacté les studios pour trouver du travail, c’était l’inverse. Une réputation suffisait à être contacté.
    • Aujourd’hui, avec les ‘animateurs web’ semi-pro/amateurs, on a des gens talentueux qui génèrent une petite qtité d’oeuvre, mais ils ont d’autres sources de revenus comme les doujin/illustrations (érotisme). Les gens disent depuis 30 ans que l’industrie se casse la casse, je me demande si cette fois c’est vrai ?
    • Grâce à l’ère numérique, la qlité de l’animation n’a jamais été aussi bonne.
    • On connait en ce moment une ‘bulle de la qualité’ grâce aux animateurs-otakus du web, mais bonne animation ne rime pas avec ventes ! En fait, la plupart des gens ne remarquent pas la qualité de l’animation. Revoir les priorités, reconsidérer les efforts + de meilleures réponses allègeraient la charge de travail & les budgets.
    • L’industrie ne peut pas juste suivre les envies des otakus, l’industrie a besoin de batîr des marques/tendances visant un public plus large, à l’exemple de Touhou (la Toho ?).

    http://www.youtube.com/watch?v=uLcyBjTeSgc

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  2. Martin says:

    -Industry can’t just vie for the fixed “swing vote” of anime otaku, needs to build wider-reaching brands, like Touhou.

    Je suis pas complètement sur, mais il doit parler de cette “marque” là (http://en.wikipedia.org/wiki/Touhou_Project), c’est apparemment extrêmement populaire avec une fan base assez enorme pour tout ce qui est produits derivés, … est ce vraiment ça qu’il appelle “wider-reaching brands”?, ça reste quand même bien ciblé otaku, mais bon ils achetent à gogo eux (cf la conf Paris Cinema) :D

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  3. peyolt says:

    Dans l’entretien original, Yamakan explique qu’il s’agit d’un cercle de nerds existant en dehors du marché habituel des ’100 000 otakus achetant de l’anime’.

    Bon, si Sato & Yamakan se rejoignent sur certains points, un produit comme BRS semble résumer plutôt bien tous les maux/reproches actuels de l’industrie – comme l’explique Sato.

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