(Critique) Tatami Galaxy de Masaaki Yuasa


Le réalisateur de Mind Game sur les déboires d’un étudiant fantasmant une vie tout en rose. Voilà qui permet d’introduire en douceur ce trip.

Lors de son inscription à l’université, Watashi doit choisir un club d’activité qui déterminera le reste de sa scolarité… Mais chaque fois, il souhaite revenir en arrière pour changer de choix. Vivant une nouvelle aventure à chaque reboot.

En nous plongeant dans l’esprit d’un étudiant en plein doute existentiel, Masaaki Yuasa nous embarque dans un délire incroyablement riche aussi bien visuellement qu’au niveau des idées. Alternant prises de vues réelles, différents styles graphiques & teintes colorées, Tatami Galaxy met soigneusement en scène la perception du monde de cet étudiant, dans toute sa grandeur et sa folie. Sa triste et sa détresse aussi.

Mais pour profiter de cette explosion d’idées, la tâche n’est pas aisée. D’abord, une voix-off au débit infernal affichant toutes les pensées de l’étudiant, de ses divagations de jeune frustré aux tentatives de comprendre de ce qu’il lui arrive. Yuasa en arrive presque à nous saturer d’informations, entre cette narration infatigable et les images incroyables, dur de savoir où donner du regard.

Avec ça, le récit repose sur la répétition de motifs/repères clés, toujours plus ou moins présents mais montrés de façon alternative à chaque nouvelle aventure qui apporte forcément un nouveau contexte, de nouvelles problématiques. Et la série va mettre plusieurs épisodes pour commencer à faire évoluer-varier ces motifs, les faire passer du stade repère structurel à élément narratif (cf. la scène des toilettes – ep 6-7-8).

Si le jeu des réalités alternatives propose toujours des passages marrants, comme le mur à nichons, la secte ou le défi alcoolisé, le récit général reste assez vague/faussement compliqué au niveau de ses enjeux. Conséquence, la série connaît un coup de mou en milieu de saison. Le concept est intéressant mais s’essouffle en continuant de se faire au détriment des personnages, sympathiques mais difficiles à cerner. Pas étonnant de voir que la série finira par se reconcentrer sur Watashi, le perso principal pour amener la conclusion de l’histoire (en fait, on connait pas son nom, il est désigné par ‘Watashi’ = ‘Je’, un choix thématique intéressant, cf. plus bas).

Le titre original se traduit en français par Recueil de légendes de la chambre de 4,5 tatami, en référence à la taille standard d’une chambre d’étudiant. Mais petite préférence pour le titre international Tatami Galaxy qui résume finalement assez bien la folie de la série, du labyrinthe dans lequel Yuasa nous a embarqué (le titre devient soudainement clair à la vision de l’ep 10, mode hikikomori).

D’ailleurs, la série regagne en puissance assez tardivement, dans les 2 derniers épisodes avec un Yuasa qui profite de l’errance psycho-mystique du personnage pour partir en vrille, à notre plus grand bonheur !! Une originalité incroyable faisant oublier les quelques déceptions de la série.

Terminons en disant que Tatami Galaxy est avant tout une belle histoire d’Amitié nous faisant experimenter les doutes, la peur de la réalité et le manque d’estime d’un étudiant. À l’image du générique final, toutes les possibilités de choix, toutes ces portes qui s’ouvrent, nous ramèneront toujours à un seul et unique point : nous-mêmes.

(puis une série qui cite coup sur coup Shuji Terayama et Kafka, ça vaut forcément le coup)

  • Note : 6/10




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