(Critique) Assault Girls de Mamoru Oshii


De la bouche même de Mamoru Oshii*, l’une des idées du film était d’intégrer au coeur d’un film live le genre d’univers fantastique habituellement visible dans les animes/jeux vidéo. Et connaissant l’esprit du réalisateur et son intêret pour les mondes virtuels, il y avait forcément de quoi être intrigué.

Dans Avalon(f), simulation virtuelle de combats, plusieurs joueurs se retrouvent bloqués dans un désert peuplé par des serpents des sables gigantesques à abattre…

Assault Girls se pose dans la directe continuité de Sky Crawlers, l’animation faisant place à une virtualité live. D’entrée de jeu, le game master (modérateur) nous présente un monde ravagé où l’imaginaire est devenu le seul terrain de liberté pour la population, qui ironiquement, reproduit les horreurs d’une réalité… Avec les avantages d’un jeu donc.

Autant dire, une société basée sur le cynisme et la violence. Un bon départ ? Malheureusement, la suite du film se révèlera moins prometteuse. Quelques rares scènes d’action viendront réveiller un récit stagnant dans l’ennui ou la symbolique, au choix.

Car comme à son habitude, Oshii navigue dans une sphère métaphorique, s’affranchissant des barrières entre les mondes virtuels/réels pour viser une humanité déshumanisée, individualiste et prisonnière d’un système cyclique. Tout l’enjeu du film étant d’amener les joueurs à former une équipe pour passer au niveau suivant.

Mais même avec seulement 70 minutes au compteur, Assault Girls connaît des grosses baisses de rythme où il ne se passe rien. Peut-être faut-il se tourner du côté de la symbolique ? De cet escargot qui occupe 5-10 min de l’histoire ? De cet homme qui mange comme un porc des oeufs au plat ? De cette errance interminable ? Sans oublier le game master répétant la même directive pendant 15 min…

Et Oshii poussera son propos jusqu’à faire de la méta-répétition, non seulement à coup de symboles finement masqués sur des runes/pierres, mais aussi via un face à face stylisé comme un jeu de fight alignant sans surprise plusieurs round. À côté des effets spéciaux et du cadre de cette non-histoire, c’est l’une des rares idées de mise en scène inspirées par le jeu vidéo.

Assault Girls est un court-métrage étiré sur 70 minutes, reprenant des thèmes déjà vus dans Sky Crawlers. Qui avait au moins comme atout, de proposer des instants poétiques. Mais encore une fois, Oshii livre un récit symbolique dénué d’émotions ou de véritables enjeux… pour une thématique pourtant exploitée à merveille sur Summer Wars, sorti la même année. Et c’est plus problématique que les quelques répliques en engrish. En plus d’être chiant.

Dommage de voir qu’une des rares initiatives ambitieuses/originales de ces derniers mois, cherchant à s’inspirer de l’animation & du jeu vidéo pour faire du cinéma live un peu osé, se révèle au final être une catastrophe plombée par du symbolisme à outrance.

  • Note : 1/10

Attention, la bande-annonce est plus excitante que les 70 minutes du film.

* Lire cet entretien en anglais



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