Chihiro au bordel

Sans pour autant y adhérer voilà une approche intéressante du Chihiro de Miyazaki, perçu comme un film traitant de la prostitution au Japon. D’habitude les analyses des mondes fantastiques sous l’angle de la sexualité ont tendance à mépriser les dits mondes, ici, on est plus dans un parallèle avec une Industrie.
En route vers leur nouvelle maison, une famille s’égare et se retrouve dans un endroit mystérieux, sorte de parc d’attraction abandonné où les parents sont transformés en cochon et où Chihiro, la petite fille, se retrouve livrée à elle-même. Pour Tomohiro Machiyama, ce monde fait référence au quartier de Kabukicho à Tokyo, réputé comme « chaud » (gang & prostitution).
La première chose soulignée par le critique japonais, c’est la transformation des parents en cochons. Ensuite, la décoration du batîment des bains : des lanternes rouges, de l’or… un « mauvais-gout » rappelant les Soapland japonais. Des bordels officiellement classés comme des bains. Dans le film, les masseuses sont désignées sous le terme « Yuna », qui selon la définition du dico Iwanami est « une femme des bains proposant des massages, et du sexe« . À savoir que pour délivrer ses parents, Chihiro devra travailler là-bas comme les autres filles. La vieille sorcière Yubaba, résurgence de la reine d’Alice au pays des merveilles, accepte de la prendre mais change son prénom, comme à l’époque des bordels.
Mais est-ce que Miyazaki veut vraiment raconter l’histoire d’une fillette de 10 ans travaillant dans des bains turcs ? À en croire une interview du cinéaste dans Première, c’est bien possible. Expliquant que ce monde fantastique représente aussi le Japon moderne, Miyazaki disait « L’industrie du sexe est partout au Japon« . En clair, Miyazaki s’inquiétait de l’environnement dans lequel grandissent les japonaises, bercées par l’obscénité des médias. Plus, la situation économique du moment qui pousse ces filles à travailler pour survivre, payant les frais de la génération de leurs parents qui se sont goinfrés pendant les années 80.
Rappelez-vous aussi que les clients du bain dans le film sont tous des monstres. Comme par exemple Sans Visage, qui offre de l’argent à Chihiro. Le producteur du film, Toshio Suzuki, disait dans l’entretien Première que ce monstre « c’est Miyazaki » (blague ou non ?). La réponse de Miyazaki « Pas vraiment. Je crois que nous avons tous en nous une facette de Sans Visage, capable de perdre son tempérament, de se laisser porter par sa libido, cette energie aggressive. »
Traduction de ce texte (des précisions)









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