Revue de presse : Summer Wars


Après la version rétro du matin, profitons de l’actualité française pour faire la revue de presse de Summer Wars, dont j’ai déjà dit du plus grand bien, sorti ce 9 Juin dans 38 salles. Alors que disent les critiques ?

Premier constat, les retours sont globalement positifs. Second constat, les critiques n’ont souvent rien à dire. Troisième constat, INTERNET = DANGER ! L’enjeu du film est soit ignoré, soit réduit aux vieux clichés de l’an 1997, soit limité au seul contexte japonais.

C’est pas comme si le film parlait directement de notre expérience là en ce moment même sur Internet. À croire qu’ils comprennent vraiment rien… La conclusion de Hosoda sur le sujet virtuel/réalité est à peu près la même que celle exprimée dans cet article. On a là un pur film geek… mais comme ça manque de Pommes ou de références grotesques à la culture populaire américaine, c’est pas perceptible. Bizarrement, aucune critique dans le lot n’a cité le superflat, alors que ça semblait être la piste la plus évidente.

Le Figaro (republié avec qq variations)

En mode peinard, la journaliste nous raconte l’histoire dans les grandes lignes sans prendre la peine de soulever quelques idées du film. Bravo. Blogueurs 1fluan, envoyez vos CV là-bas !

Hosoda retrouve un style manga pour Summer Wars, œuvre extrêmement ambitieuse dans laquelle s’affrontent deux univers. D’un côté le monde virtuel d’Oz, plate-forme communautaire d’internet qui vient d’être attaqué par un virus. De l’autre, celui – bien réel – d’une famille nombreuse aux origines prestigieuses, réunie à la campagne (…). La haute technologie et ses avatars face à la tradition ancestrale et ses paysages dignes des estampes japonaises. La famille, pleine de ressources, s’unira pour combattre le virus et sauver ainsi la planète de la destruction. (…) Au final, Summer Wars est un mégatrip manga de près de deux heures pour ados et fans du genre.

L’Express

Mamoru Hosoda revient ici avec un film hallucinant, évoquant “une rencontre improbable entre les films d’Ozu et Wars Games”. (…) Mais à ce pendant technologique geekesque, Mamoru Hosoda superpose le destin d’une vaste famille qui règle ses comptes dans leur propriété à la campagne. Le contraste de cette situation, inscrite dans un cadre bucolique, confère au film une dimension métaphysique aux racines de l’identité japonaise qui assoit sa dynamique high-tech sur un socle de valeurs traditionnelles. Rafraîchissant et inquiétant, trépidant et contemplatif, Summer Wars bouscule avec bonheur tous nos codes et notre perception cloisonnée des genres.

Libération : “Les réseaux sauvages” (partenaire du film)

Ne nous effrayons pas : Summer Wars est un dessin animé grand public, tout à fait familial et même familialiste. Simplement, il est contemporain et japonais, c’est-à-dire travaillé et nourri par la modernité universelle, et il nous raconte une histoire très nippone, mais à laquelle nous pouvons facilement identifier nos vies. (…) plus torturé et lynchien[que Perfect Blue], Summer Wars affiche un bien plus grand optimisme. Mais si le premier auscultait un nihilisme identitaire individuel, c’est aussi une question d’identité que soulève Mamoru Hosoda : celle du Japon et de sa déprime en tant que peuple et nation.

20 Minutes : “La guerre des mondes virtuels a commencé

(…) un film comparable à un mille-feuille, alternant avec virtuosité les scènes de chronique campagnarde et de récit d’anticipation. (…) Désamorçant le sérieux du sujet par des notes d’humour et de légèreté fort bienvenues, le réalisateur Mamoru Hosoda injecte de l’humanité dans son cinéma fantastique pour un résultat spectaculaire comme un film catastrophe, et addictif comme un jeu vidéo.

Télérama (note = Passable)

La Palme d’Or de cette revue de presse revient donc à Samuel Douhaire pour cette magnifique pige. Résumant principalement l’histoire du film sans oublier de lâcher quelques remarques ringardes. Notre journaliste salue l’effort d’écriture comme si le film parlait d’un sujet inconnu à tous (ou aux lecteurs de Télérama lisant le journal, en ligne ? Sic.).

Bien sûr, pourquoi interroger/développer ce sujet quand on peut tout bêtement faire du name-dropping cinéphilique pour exprimer des idées sans les exprimer (“imagination postmoderne de Satoshi Kon”, concrètement, ça veut dire quoi ? La leçon de vie des 7 Samouraïs, c’est quoi ?). Au final, la seule chose dont on est sûr, c’est que le journaliste a déjà vu quelques films japonais. Pas beaucoup, mais assez pour le faire savoir.

(…) réussit un petit exploit : rendre intelligible au plus grand nombre un scénario que l’on aurait pu croire destiné aux seuls geeks. (…) Hosoda souligne avec un humour pas toujours finaud et une pointe d’angoisse la dépendance croissante de l’humanité à l’ordinateur. Mais, en même temps, il multiplie les passerelles entre les nouvelles technologies et la société nippone traditionnelle. Comme s’il avait voulu associer l’imagination postmoderne de Satoshi Kon avec le réalisme des grands maîtres du cinéma japonais d’autrefois. C’est tout de même rare qu’un film d’animation détaille, à la manière d’Ozu, les joies et les peines d’une réunion de famille. Et cite une réplique des Sept Samouraïs en guise de leçon de vie…

Critikat : “Oz, sans la magie”

Qui reçoit le Grand prix du jour. C’est du très, très, très lourd. Le journaliste étant déçu que le film ne cherche pas à faire une thèse critique sur les dangers d’Internet. Reprochant l’idéalisme du film sans pour autant le comprendre, pour lui il ne peut s’agir que d’un “nationalisme latent“.

Pourtant dans le texte complet, le journaliste fait référence “à l’inquiétant cyberespace” d’oeuvres “visionnaires” comme Ghost in the Shell. Mais tellement bloqué dans cette vision, il est incapable d’en sortir pour percevoir autre chose. En fait, il nous parle surtout du film que lui, aurait aimé voir. Nuance.

(…) un étonnant patchwork de genres et d’ambiances. Mais rien ne prend vraiment. L’hystérie toute nippone des personnages est plus pénible que comique (…) le décalage entre l’ampleur de la catastrophe et le cadre resserré de sa narration produit peu d’étincelles. (…) [le film] délaisse ce sujet en or [évocation des dangers des réseaux sociaux au travers d’une fable d’anticipation] au profit d’un discours confus et idéologiquement à côté de la plaque. Oz, espace de centralisation de données effrayant et totalitaire sous ses dehors kawaii, est en effet présenté comme un sympathique terrain de jeux et un outil bénéfique, parfaitement intégré à la vie quotidienne des personnages qui naviguent sans cesse et sans mal entre le monde matériel et celui de l’information numérique. (…) Oz est un Éden décentralisé, à l’abri des luttes de pouvoir et des pesanteurs économiques et sociales. (…) Le nationalisme latent de Summer Wars n’est au final guère plus sympathique que celui des films catastrophes hollywoodiens dont il constitue à la fois la réponse et le miroir inversé. D’ailleurs, le virus ne vient-il pas d’Amérique ?

Le Canard Enchaîné

No comment.

C’est un mystère. Célébré comme un chef-d’oeuvre absolu, ce dessin animé de Mamoru Hosoda offre un graphisme rudimentaire, des couleurs fades et des visages dépourvus d’expression. On se croirait devant la télé le mercredi matin… Un chef-d’oeuvre d’art pauvre ?

Le Parisien : “Captivant **”

Si le scénario se révèle moins enthousiasmant, le long métrage d’animation, très réussi esthétiquement, exploite intelligemment le fameux cliché «tradition et modernité». Plus que la description d’Oz, un univers virtuel peuplé de millions d’avatars fantaisistes et colorés, c’est d’ailleurs celle de la famille nippone qui captive le spectateur. De scènes de repas en parties de cartes, le quotidien des personnages, raconté avec une pointe d’humour, constitue le meilleur du film.

Toutlecine

Alors, pour pimenter l’histoire, le créateur y a incorporé l’univers de la communauté virtuelle. Une communauté qui s’est invitée dans la vie de chacun au point d’y être complètement dépendant. Peut-être un signal d’alarme envoyé par le cinéaste ? Néanmoins, le film est plein de joie de vivre, et même si le concept de la dépendance de l’homme à la machine commence à être récurent dans le cinéma et dans japanimation ( War Games), le réalisateur arrive à le faire vite oublier. Ce monde virtuel est beau, ingénieux et pertinent et on s’ y attache au fil des minutes.

Excessif (4 étoiles)

La seule critique du lot à parler un peu de la thèmatique du film, même si on évite pas les perpetuels rapprochements avec Satoshi Kon – l’avantage, c’est que le journaliste a pu partager sa remarque avec le réalisateur afin d’avoir son opinion.

On a l’impression que Summer Wars aborde chaque grand thème avec une précision d’ethnologue sans jamais nous lasser, ne perdant pas de vue sa mission, divertir, emporter le spectateur au sein d’un récit vaste et simple à la fois. Osons le mot, grand-public, sans limiter la puissance de son propos universel. (…) L’équilibre de Oz est intimement lié à la réussite d’une modeste famille soudée. La plus belle des leçons du film ne résiderait-elle pas ici ? Avec de la tolérance et de la compréhension mutuelle, tous les possibles deviennent accessibles, et toute catastrophe … surmontable.

Le Point

Encore une critique pantouflarde, qui essaye tant bien que mal de rélever le thème du film pour finalement se vautrer à côté de la plaque. Eblouissant, oui, c’est le mot.

Mamoru Hosoda est le Miyazaki de la nouvelle génération (…) Après les avatars de Cameron, Summer Wars (en salle) en propose d’autres par millions : ce sont les identités virtuelles des Japonais peuplant “le monde d’Oz”, qui rappelle furieusement Second Life (…) Le salut viendra d’un jeune surdoué et d’une famille traditionnelle soudée autour d’une vieille grand-mère. Hosoda séduit les ados fous de virtuel pour mieux leur faire la leçon et leur rappeler les vertus du Japon éternel. Éblouissant.



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