Préparez-vous pour City of Life and Death !

Comme les infos presses sont enfin disponibles, j’en profite pour les partager avec vous. Au programme, décryptage de l’affiche française (…) et l’entretien promo qui servira de base à 99% des critiques à paraître d’ici le 21 Juillet = sortie du film. Attention, chef d’oeuvre !
- Décryptage d’affiche !
L’affiche française étale soigneusement la liste des nombreux prix qu’à reçu le film (à défaut d’avoir été ignoré à Cannes l’an dernier), jouant la carte de la sobriété pour présenter « une des pages les plus sombres de l’Histoire » comme précisée par la tagline. On sait d’emblée que le ton du film sera sérieux et grave.
L’affiche mixe 2 images du film, les résistants chinois avec en fond, les ruines de Nankin. À savoir que le film ne propose pas de plans/postures iconiques, et brasse plusieurs genres (guerre, drame psychologique…). C’est pourquoi l’affiche chinoise présente différents personnages sur fond de désolation quand les français optent pour le ton général, la gravité historique.
Sobriété et gravité donc, pour une police de titre classique, voire banale. Exit la stylisation originale, qui aurait pourtant pu être exploitée (titre anglais international oblige). À titre de comparison, j’ai rajouté l’affiche espagnole :
Affiche Française / Chinoise / Espagnole (Cliquez pour la taille originale)
- Entretien avec le réalisateur Lu Chuan
L’entretien regorge de détails intéressants sur le film (à l’exception de quelques réponses très décevantes), par contre, c’est susceptible de contenir d’éventuels spoilers de temps à autre, donc ‘tention !
Qu’est-ce qui vous a amené à tourner un film sur les Massacres de Nankin ?
Bizarrement, il m’est assez difficile de répondre à cette question. Je pourrais presque dire que j’y suis venu instinctivement. Par là, je n’entends pas que j’ai été poussé par des grands principes ou des sentiments nobles comme le « devoir », l’« Histoire », la « mémoire » etc. Cela découle plus de l’évolution de mon approche du cinéma, de mon désir de réaliser des films qui traitent de la vie, de l’humanité, de l’histoire et de la société. Je me suis mis à réfléchir au fait qu’un film devait être animé d’un certain type d’énergie, capable de toucher le cœur des gens tout en les ébranlant suffisamment pour les faire réfléchir. Voilà le genre de film que je veux tourner. Et c’est ce désir qui m’a presque naturellement mené à ce sujet. J’ai toujours été troublé par les questions du salut et de l’instinct de survie face à la destruction, l’horreur et le chaos. Je voulais me confronter à ces problématiques avec ce film. City of Life and Death est la meilleure réponse que j’ai pu y apporter.
Avez-vous regardé d’autres films sur le sujet et qu’en pensez-vous ?
Oui, j’ai vu des films comme Black Sun Nanjing Massacre, et franchement, j’ai le sentiment qu’ils ont surtout été faits dans le but de se complaire dans une représentation choc de la violence. Il m’est donc difficile de les accepter comme « films historiques ». Je préfère regarder des documentaires qui m’apprennent quelque chose sur le plan des faits.
On imagine que du fait de son sujet, le processus de « validation » par la Censure Chinoise a dû être compliqué…
Oui, et il est aisé de comprendre pourquoi un film pareil doit en passer par là. Nous avons collaboré de près avec le Comité de censure, tout en défendant nos orientations artistiques sur le plan du style et du réalisme. On n’a presque rien dû couper. Tout ce qui touche les relations entre la Chine et le Japon est très tendu et bien sûr, un film sur le Massacre de Nankin n’y échappe pas. Dès le départ, nous avions conscience d’aborder un sujet sensible.
Pourquoi avoir tourné en noir et blanc ? Aviez-vous des références en tête ?
Je n’aime pas la couleur du sang, synonyme de violence et de désolation. En noir et blanc, le sang est noir, ce qui confère à l’imagerie un caractère solennel et permet de réduire les stimuli sensoriels infligés au public. Par ailleurs, le noir et blanc permet une meilleure distance morale, il impose le respect en conférant aux images un impact iconique, presque religieux. Au final, je pense dans ce cas précis qu’il offre une plus grande richesse émotionnelle et davantage de subtilité qu’une simple expérience sensorielle.
Mais ce ne sont pas des choses auxquelles on pense d’emblée. Je ne me suis pas dit « ce film sera en noir et blanc, » pour ressembler à ci ou à ça. C’est un choix qui s’est imposé peu à peu en me fiant à ma propre approche émotionnelle du sujet. Il ne faut pas y chercher de références précises non plus. Je pense toujours qu’un vrai réalisateur doit se focaliser avant tout sur son propre style, avant de pouvoir le transcender, le dépasser de façon à créer quelque chose de neuf, susceptible de le surprendre lui-même.
La violence du film, les meurtres, les viols, est presque insupportable par moments. Comment ne pas aller trop loin ? Fallait-il coller à la réalité historique ou prendre des libertés avec elle ? A dire vrai, nous avons coupé plusieurs scènes de violence pour ne pas heurter le public trop frontalement. Nous avons pris la décision de ne pas montrer les gens éventrés, démembrés ou mutilés directement à l’écran, simplement parce que je suis comme tout le monde, je trouve cegenre d’images très difficiles à supporter. Dans mon esprit, il est préférable d’essayer de faire toucher la brutalité de la guerre avec plus de distance, de moins chercher à choquer le public qu’à le glacer. Je ne suis pas favorable à un usage trop ostentatoire de la violence. Je privilégierai toujours une approche plus subtile à un déchaînement de violence pure.
Deux des personnages principaux sont japonais. Pourquoi raconter cette histoire à travers leurs yeux ? Mon objectif était de montrer le massacre de façon à ce que n’importe qui dans le monde puisse comprendre ce qui s’était passé, plutôt qu’en m’en tenant à l’image clichée du Japonais cruel et sans pitié. L’idée a toujours été de montrer la nature humaine de la façon la plus juste possible.
Mais justement, des spectateurs chinois ont considéré que le film était trop complaisant envers les Japonais. Que répondez-vous à cela ?
Je suis officier, diplômé d’une école militaire, mon patriotisme ne saurait être mis en question. Moi-même, en créant ces personnages de soldats japonais, j’avais des sentiments complexes, ambivalents. Mais je reste fidèle à l’idée qu’il faut respecter son adversaire. Je possède le Journal intime d’un soldat japonais et, pour l’essentiel, je me suis contenté de m’en inspirer. Les soldats japonais sont des types ordinaires, il n’y a aucune raison d’en faire des monstres. Un malade mental qui tue quelqu’un est parfois acquitté, parce qu’il n’est pas considéré comme responsable de ses actes. Dans la plupart des films, ceux qui commettent des actes répréhensibles sont désignés comme des « méchants. » Moi, je voulais montrer des soldats japonais qui dansent, se lavent, bavardent, vont voir des prostituées etc. exactement comme cela est raconté dans le Journal, sans jamais les diaboliser. Il me semble nécessaire de repenser l’histoire de manière plus rationnelle et qu’un maximum de gens soient sensibilisés à ce qui s’est passé pendant le massacre de Nankin.
A l’inverse, des commentateurs étrangers ont taxé le film de « propagande chinoise ». Comment expliquez-vous ce paradoxe ? Le titre anglais est « City of Life and Death ». Dans cette ville, il y a bien les deux : la vie et la mort. Au cours de ce conflit, il y a eu des victimes dans les deux camps, chez les assiégés comme chez les agresseurs. On essaie de raconter cette histoire de différents points de vue. Le thème du film est la « résistance », pas seulement celle du peuple chinois à la guerre ou son instinct de survie, mais aussi la résistance à une certaine forme de fatalité, symbolisée par le suicide du soldat japonais qui choisit cette issue parce qu’il n’accepte pas le rôle qui lui est donné dans cette histoire. Quand j’étais à l’armée, j’ai étudié l’histoire militaire, l’histoire de la guerre, et je mesure pleinement la signification de ce type de massacre. Cette menace existe toujours, même aujourd’hui. Et pas seulement parce qu’un pays étranger peut décider de nous attaquer, il faut bien avoir conscience qu’un jour ou l’autre, nous pouvons être amenés à en faire autant. N’oublions pas qu’à la fin de la Seconde guerre mondiale, l’Allemagne était déjà vaincue quand les Alliés ont décidé de lâcher des bombes incendiaires sur la région de Dresde. Plus de 40 000 personnes sont mortes en une nuit. Par la suite, quand les images de cette zone ont été publiées, on aurait dit la surface de la Lune. Au fond, City of Life and Death n’est rien d’autre qu’un film contre la guerre.
Vous vous attendiez à tant de controverses ?
Avant les premières projections publiques en Chine, oui, ça m’inquiétait. La plus grande différence avec les autres films sur le sujet est que le point de vue principal est celui d’un soldat japonais, un des agresseurs. C’est à travers lui que l’on fait le lien entre les différents personnages et que l’on parvient à exprimer la douleur de la lutte pour la survie du peuple
chinois. Vis-à-vis du public chinois, c’était un très grand risque de procéder de la sorte et de décrire un soldat japonais comme un type ordinaire.
Le succès du film était-il prévisible ?
Avant la sortie, non, je n’imaginais pas cela, surtout que je craignais les polémiques, comme je viens de vous le dire. Mais quand le film est sorti, toutes les salles affichaient complet, et les réactions étaient très fortes à travers le pays, comme une célébration. La moitié des spectateurs restaient assis dans la salle jusqu’à la fin du générique, comme si l’impact du film ne devait plus les quitter. Des gens pleuraient, j’ai été très touché par l’ensemble de ces réactions.
La danse rituelle japonaise vers la toute fin du film est un des moments les plus puissants qu’on ait vus au cinéma depuis longtemps. Comment l’avez-vous conçue ?
La vraie cérémonie ne se déroule pas ainsi. J’en ai eu l’inspiration en rêve vers la fin du tournage. Nous avons fait appel aux deux meilleurs joueurs de Taiko (tambours japonais, NDR), le duo Yo-Soro. Pour obtenir le son que nous voulions, nous avons exposé les peaux de tambours à une lumière très puissante, pour les tendre au maximum. Je leur ai demandé de jouer. Ils ont frappé leurs tambours à peine quatre minutes avant de trouver le rythme et la puissance que je recherchais. Dans mon esprit, le son de ces tambours est devenu une métaphore du sacrifice chinois et du fait que la menace d’être envahi n’a jamais tout à fait disparu. Nous étions tous stupéfaits de voir que cette énergie est toujours tapie en eux et peut se déchaîner à tout moment. J’ai l’espoir que le bruit des tambours continue de résonner dans le cœur de chaque spectateur à la fin du film.
Ceux qui veulent connaître un peu plus le contexte historique, direction le dossier de presse ci-dessus, qui propose un texte très complet signé Michaël Prazan, toujours très intéressant à lire/regarder (voir son wikipedia).
Source : Dossier de presse









A noter !! Paris Cinéma passe City of life and death en avant-première au MK2 Bnf, le 7 juillet à 21h…