Revue de presse rétro : Harakiri


Le Harakiri de Masaki Kobayashi offre un bel exemple des perles de la critique d’époque. Comme le film fut selectionné à Cannes, on profite de quelques anecdotes (comme ça on parle pas du film). Mais surtout, c’est marrant de voir comment chaque critique essaye d’expliquer/contextualiser les codes du film, par ex, on retrouvera plusieurs fois qu’un “rônin est un samouraï au chômage”. Sans oublier les guerres de clochers (merci aux Cahiers).

L’Aurore – 25/07/63

Nakadai décrit comme un “beau jeune premier aux yeux étirés” faisant face à un “samouraï impitoyable et justicier, campé par un acteur tout ce qu’il y a de sublime, Shima Iwashita [Rentaro Mikuni enfait]

Bien des Européens pourraient tirer un enseignement profitable de cette leçon asiatique.

Canard Enchainé – 31/07/63

En France nous avions les Mousquetaires qui ne manquaient pas de travail. Là-bas [au Japon], c’était les samouraïs qui connaissaient le chômage et la misère… Une noblesse de ton, d’un pureté et d’une sobriété… Seulement attention, c’est du cinéma japonais, c’est-à-dire que le rythme est lent, avec un jeu étudié.

Figaro – 16/05/63

Le film raccourci d’une demie-heure pourra prétendre à l’audience des publics occidentaux.

Figaro – 26/07/63

Véritable singularité de l’ouvrage que ce contraste entre la somnolence des récitatifs et la vibrante vigueurs des ressorts quand ils se déclenchent, une telle formule résume d’ailleurs l’art Japonais. Préparez-vous à un rythme contraire à Hollywood.

Humanité - 16/05/63

Le critique a complètement assimilé le fond politique du film, rien d’étonnant vu la parution, “Empreint de cette grandeur et cruauté qui caractérise le cinéma japonais, à la différence qu’il décrit ici des êtres vrais dans une action réaliste” Plus loin le critique souligne le “parallèle avec l’époque actuelle” pour continuer en disant du film qu’on a “aucun sentiment d’exotisme, d’étrangeté devant le personnage principal”.

Libération – 11/05/63

Le film le plus sanglant du festival, du moins esperons car les festivaliers les plus aguérris supporteraient mal un second film du même genre… Plusieurs spectateurs quittèrent la salle en protestant… Une femme d’une voix faiblarde criait “Assez ! Assez !”… Un spectateur indigné déclarait qu’il n’avait jamais vu ça “Et pourtant, j’ai fait la guerre de 14″. Heureusement que le film n’est pas en couleurs [pour les scènes violentes]

Récit lent voire même laborieux, nous comprenons mal l’éthique de ces samouraïs mercenaires qui s’étripent entre eux en poussant des rugissements de fauve ou s’ouvrent le ventre eux-mêmes farouchement pour sauver la face.

[À côté de toutes ces anecdotes, le critique parle enfin du film, juste de la bataille finale soulignant l'aspect tragique de l'histoire.]

Le Monde – 17/03/63

Titré “Un très bon film japonais”, la critique souligne un film “dépourvu d’exotisme et curieusement actuel”. Plus loin, la critique salue “la manière dont Masaki Kobayashi s’interroge sur la condition humaine, au-delà de la chronique sociale”.

Télérama – 11/08/63

Dans le 1er paragraphe, on trouve un parallèle marrant, le Shogun est décrit comme “une sorte de maire”. Les 3 paragraphes suivants résument l’histoire. Puis, après avoir évoqué “un code d’honneur biaisé”, le critique enchaîne sur “On songe à certain culte perverti du surhomme. On se souvient que le nazisme avait trouvé des adeptes au Japon, la lutte éternelle contre les théories” [on a plutôt envie d'ajouter, contre la connerie].

Télérama – 07/10/83

Ici, les rônins sont rapprochés à des “militaires au chômage”. Le texte vante le “réalisme poussé à l’extrême, mais sans complaisance malsaine pour l’horrible”. En guise de conclusion “une aventure pleine de bruit et de fureur conté par un moraliste”.

La Croix – 17/05/63

“Des dizaines d’images insoutenables inadmissibles même dans leur sadisme, voilà pour le pire… D’importantes réserves, une longueur démesurée, refus évident du style allusif… se distingue par un formalisme hiératique d’une grande beauté.”

La critique parle de “Shogoun (général-président)”, et continue sur des anecdotes “Avant d’avoir vu le film, certains s’appretaient à ironiser sur la traduction en japonais moderne du mot “Hara-Kiri”, savoir “Feppuku!” Après il n’en est plus question. On s’ennuie souvent, on est souvent scandalisé d’horreur, mais on doit admettre qu’il reste encore de beaux jours pour le genre du samouraï”.

Les Cahiers du Cinéma N°144 – Juin 1963 (Jean Douchet)

Réalisme sauvage et stylisation digne d’un ballet, éclipseront tout ce que l’on a vu dans le genre (Mizoguchi excepté, pour la simple raison que ce dernier ne filme jamais l’action mais l’idée de l’action. Espérons simplement qu’après ce film, les admirateurs de Kuroshawa cinéaste saisiront la complaisance et la gratuité de leur idole.

Palme d’Or à Jean Douchet. Où comment fustigé la concurrence critique au détour d’un bilan cannois, juste pour le plaisir (Harakiri sert de prétexte à une guerre stupide Positif-Cahiers).



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