Le cinéma japonais et la propagande


Il est toujours bon de rappeler aux curieux l’existence de films & de textes à connaître. Concernant le cinéma de propagande japonais des années 39-45, je vous propose l’extrait d’un sublime texte (venant de ce bouquin) mêlant approche historique à décryptage des mécanismes de la propagande, où comment véhiculer des notions clées à travers une mise en scène bien orchestrée.

Mais bien communiquer n’est pas se faire entendre. Il s’agit avant tout de communiquer en ordre. Rikugun kôkû senki – biruma hen en fournit un exemple édifiant. Peu avant la vingtième minute, un télégramme annonçant l’ennemi parvient à la base japonaise. Chaîne de transmission à la fluidité parfaite, mise en valeur par un montage vif et rythmé : 2 minutes et 22 plans nous permettent d’en suivre le parcours, des mains du télégraphiste jusqu’au décollage d’une escadrille. On n’assiste pas à l’opération militaire proprement dite. Au contraire, le plan suivant montre sans transition la carlingue d’un avion criblée de balles. Malgré la rapidité de la réponse japonaise la manœuvre se solde par un échec. Pourquoi montrer ainsi l’Armée impériale en défaut ? Toujours, peut-être, ce souci du compte juste ? La réponse apparaît dès la séquence suivante : une nouvelle opération, non seulement couronnée de succès, mais qui en plus bénéficie des plans saisissants de Sakasai. À comparer les deux séquences, on comprend le barème du succès et de l’échec : la seconde a l’avantage de débuter par le long discours d’un officier, quand la première dans son empressement oubliait ce détour hiérarchique.

N’est-ce pas ce que les films de Kamei ont enseigné aux censeurs, ce pourquoi lui-même finit par être emprisonné ? Voyons ces gros plans frontaux de vieux paysans chinois (Tatakau heitai) ou japonais (Kobayashi Issa) : visages burinés par la fatigue et la pauvreté, dénués d’expressions et en ce sens dangereusement polysémiques, découvrant une individualité farouche, loin des visages sans nuance des yokaren (jeunes soldats). La solution consiste donc à escamoter corps et visages, qui à travers leurs attitudes sont souvent propices à une double lecture.



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