Sion Sono, cinéaste contrarien

Lors de la promotion de Love Exposure, toujours inédit en France, Sion Sono a été interviewé par le webzine japonais Hogaholic. Traduction de morceaux choisis, au programme, la place de Sono au sein de la production nippone, l’origine des hommages, les acteurs et le rôle des producteurs.
Hogaholic : Suggerer un sens entre les pauses d’un dialogue pour amener à une réflexion est considéré comme étant très cinématique. Particulièrement au Japon où c’est très bien vu.
Sono Sion : Tout à fait. Il y a beaucoup de films dans ce genre au Japon. Mais je suis un contrarien, je veux donc aller dans la direction inverse. J’ai l’impression d’être “anti-film japonais” (rires). Si tous les films japonais étaient bavards, je crois que les miens mettraient l’accent sur les pauses des dialogues. Mais aujourd’hui, il y a trop de films comme ça, donc je fais l’inverse. Je ne sais pas si c’est un bon exemple, mais je crois que les auteurs de ces films prennent une attitude ferme, en disant “Il y a 36 couleurs mais le noir me suffit“. Ce genre de posture ne m’interesse pas. Moi, si j’ai 36 couleurs à ma disposition, je veux tous les utiliser. Je veux essayer toutes les techniques possibles. Aujourd’hui, il y a une école de pensée qui méprise l’idée de narration. Mais si c’est le meilleur choix pour faire le film, je n’hésiterais pas faire appel à une narration. Après tout, c’est une bonne technique traditionnelle du cinéma.
HH : Le film contient beaucoup d’hommages. L’un des plus évidents, c’est quand Yu se travestit en Sasori, en référence à la série La Femme Scorpion.
SS : On peut même dire qu’il y en a trop. Des réalisateurs comme Tarantino en ajoutent volontairement et explicitement comme pour dire “c’est un hommage à telle scène de tel film“, mais chez moi, c’est plutôt automatique. Il n’y a aucune volonté de dire quelque chose comme “Ça c’est pour Sasori et la Toei“. Ça apparait naturellement. Pour le coup, je voulais faire un film teinté d’un sens virginal, avec l’idée de reproduire l’excitation que je ressentais quand j’étais puceau. En fait, faire un film qui éveille le même genre d’excitation que j’avais au collège. C’est pourquoi le film contient des hommages aux films vus à cette époque. Je m’en suis aperçu qu’après coup. L’autre jour, je regardais Phantom of the Paradise de De Palma, et Love Exposure contient plus ou moins un hommage à ce film. Mais pendant le tournage, je n’y avais pas pensé. C’est l’autre jour en regardant le DVD du film que j’ai réalisé pour la première fois que “Tiens, j’ai rendu un hommage à ce film” (rires).
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HH : J’ai l’impression que vous prêtez beaucoup d’attention aux émotions de vos acteurs. Est-ce que parce que vous avez vous-même une experience d’acteur ?
SS : Je n’ai pas beaucoup joué ces derniers temps, mais c’est bien possible. Puis, j’aime John Cassavettes qui est à l’origine de mon style de réalisation. Cassavettes était un réalisateur et acteur experimenté, ce qui a influencé ses méthodes de travail. Son influence est plutôt importante.
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SS : Ce n’est pas valable qu’au Japon, mais les producteurs d’aujourd’hui, une fois qu’ils ont connu un succès avec une actrice spécifique, ils essayent de voir jusqu’où ils peuvent aller en exploitant cette même actrice, en disant “elle sera dans ton prochain film” sans réfléchir une seule seconde. On peut dire qu’ils s’enferment dans une zone de confort, et qu’ils n’essayent pas de découvrir des talents en devenir. Au final, on se retrouve avec 4-5 films par an avec la même actrice. C’est pas normal. Si les films japonais continuent sur ce chemin, ils finiront par étouffer. Le rôle d’un producteur devrait ressembler à un spéculateur, mais ils considèrent le casting comme un mécanique sans risque visant à recycler les succès passés. C’est pourquoi on finit par voir toujours les mêmes visages. C’est comme ça qu’on ignore les nouveaux talents. Ce n’est pas une bonne situation. J’ai confiance qu’en moi-même, donc je continue de chercher des nouveaux talents.
Source : Don Brown









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