Sous-titrer ou Doubler n’est pas jouer ?


À l’heure où la 3D s’infiltre dans les salles de cinéma, la question du choix entre sous-titrage et du doublage a refait son apparition, notamment au Japon (sous-entendu, j’ai rien trouvé sur les autres pays). L’idée étant de rester fidèle aux films pour mieux toucher une large audience.

Parce que les effets troidés rendent difficile la lecture des sous-titres. Que pour les plus jeunes lire un film, c’est particulièrement chiant. Et qu’en plus, les films américains ne marchent pas autant que les productions japonaises… Un distributeur a donc eu l’idée de mettre en place un “super doublage”, qui n’est rien d’autre qu’un doublage plus soigné, plus précis et plus japonisant (c’est-à-dire, trouver les équivalents japonais à des spécificités culturelles étrangères).

Il y a quelques célèbres exemples sur ces problèmes d’incompréhension culturelle. L’ironie, le sarcasme des répliques d’un James Bond 007 contre Dr. No (1962) n’ont pas été bien compris lors d’une traduction japonaise très 1er degré. Par ex ;

- For me Crab Key is going to be a gentle relaxation (Crab Key sera pour moi un doux repos.)
- From what, dames? (Par rapport à quoi, les femmes ?)
- No, from being a clay pigeon. (Non, d’être une cible.)

Qui devient en japonais :

- “Kani ga Shima” ha pikkunikku rando da. Honeyasume dekiru zo (L’ïle du Crabe est une aire de repos. Je vais pouvoir me reposer.)
- Onna ga inai kara ka? (Parce qu’il n’y pas de femmes ?)
- So! Onna wa kirai sa. (Exact ! Je hais les femmes)

C’est la chute qui change tout, puisque la traduction japonais justifie la tentative de Bond d’assassiner une Chinoise dans une scène précédente. Cette volonté d’expliciter ce qu’on voit à l’écran explique les rajouts de textes dans des passages originalement sans dialogues.

Au début du Parrain de Coppola, un homme vient demander de l’aide à Don Corleone, il lui murmure sa demande à l’oreille. Le doublage japonais rajoute la ligne “Je veux que vous le tuer pour moi“, plus, le “miaou” du chat qui saute des bras du Parrain. Ce genre de pratique se retrouve ailleurs, en France comme aux Etats-Unis, avec par exemple les Ghibli où des répliques ont été ajouté pour remplir. Elles n’apportent rien du tout.

À côté de la difficulté de capter l’humour étranger, il y a la difficulté de traduire les insultes. C’est pourquoi Stanley Kubrick avait viré sa traductrice (Natsuko Toda, considérée comme la meilleure dans son domaine), lui reprochant d’utiliser un langage bien trop sage, trop lisse, pour les séquences du camp d’entrainement dans Full Metal Jacket (1987). Cette dernière avait expliqué que “le japonais n’ayant pas de véritables insultes, personne ne comprendra les traductions directes de celles utilisées dans les films étrangers“. Finalement, ce sera le cinéaste Masato Harada qui s’occupera de la version japonaise du film.

Natsuko Toda est aussi connue pour avoir foiré l’adaptation du premier Seigneur des anneaux (2001). Optant pour un style de langage plus léger, plus simple à comprendre pour les jeunes… détruisant littéralement le travail de Peter Jackson qui chercha à conserver le style soutenu du livre.

C’est comme ça que Gollum est devenu “Gokuri” (ゴクリ) qui symbolise le bruit de déglutition en japonais, Aragorn a conservé son surnom de “Grands-Pas” quand la trad japonaise du livre utilisait le terme plus poétique de “Haseo” (馳夫, celui qui court vite). Pour ce dernier choix, la traductrice avait jugé bon de trouver un terme compréhensible par les plus jeunes, au lieu de conserver un terme hermétique connu seulement des fans (elle a eu tort au final). À sa décharge, elle disposait d’une seule semaine pour traduire, n’avait jamais lu ni ne connaissait les livres originaux, et s’attaquait à une oeuvre disposant d’un fandom important veillant au bon respect du texte original.

Terminons sur deux notes marrantes. Tout d’abord, dans la version japonaise de Star Wars, Yoda perd son célèbre phrasé à l’envers, puisque tout remis en ordre… Enfin, profitez de cet extrait d’un Rambo, doublé en japonais !

Sources : Loving Dubbing, Translation Directory, NihonShock, TheOneRing, Nishikita




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1 Commentaire

  1. I.D. says:

    Voilà le genre de p’tit billet que j’apprécie tout particulièrement. C’est instructif. J’ai toujours détesté la façon de doubler en France, de chancer le sens des phrases jusqu’à l’intrigue. Mais aussi, cette façon qu’on a ou a eu de cut des séquences pour le rendre plus exploitable. Je vois qu’au japon du moins pour le doublage c’est tout aussi ridicule que chez nous.

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